{"id":10372,"date":"2022-02-19T15:48:08","date_gmt":"2022-02-19T20:48:08","guid":{"rendered":"https:\/\/anthroposophy.ca\/?p=10372"},"modified":"2022-02-19T15:48:08","modified_gmt":"2022-02-19T20:48:08","slug":"un-entretien-de-tim-nadelle-avec-le-dr-max-leyf-le-30-decembre-2021-sur-son-livre-la-redemption-de-la-pensee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/un-entretien-de-tim-nadelle-avec-le-dr-max-leyf-le-30-decembre-2021-sur-son-livre-la-redemption-de-la-pensee\/","title":{"rendered":"Un entretien de Tim Nadelle avec le Dr Max Leyf, le 30 d\u00e9cembre 2021, sur son livre :  La R\u00e9demption de la Pens\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p><b><a href=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Screen-Shot-2022-02-13-at-2.26.45-PM.png\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-10363 alignright\" src=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Screen-Shot-2022-02-13-at-2.26.45-PM-198x300.png\" alt=\"\" width=\"198\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Screen-Shot-2022-02-13-at-2.26.45-PM-198x300.png 198w, https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Screen-Shot-2022-02-13-at-2.26.45-PM.png 430w\" sizes=\"(max-width: 198px) 100vw, 198px\" \/><\/a>Une \u00e9tude sur la v\u00e9rit\u00e9, le sens et l&rsquo;\u00e9volution de la conscience, avec une r\u00e9f\u00e9rence particuli\u00e8re \u00e0 Johann von Goethe, Owen Barfield et Rudolf Steiner.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/b><\/p>\n<p>Si vous aimez la philosophie de l&rsquo;activit\u00e9 spirituelle, je vous recommande vivement de commander (et de lire !) un exemplaire du livre de Max Leyf, The Redemption of Thinking, publi\u00e9 en 2020.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>J&rsquo;ai eu le plaisir d&rsquo;interviewer Max pendant les Nuits Saintes de 2021-2022. (Je pr\u00e9sente une br\u00e8ve biographie du Dr Max Leyf ci-dessous, \u00e0 la fin de l&rsquo;entretien).<\/p>\n<p>Le livre, qui \u00e9tait la th\u00e8se de doctorat de Max, se d\u00e9roule en 4 sections, comme suit :<\/p>\n<p>i. Le probl\u00e8me difficile de la conscience<\/p>\n<p>ii. Le secret de polichinelle : le mode de connaissance de Goethe<\/p>\n<p>iii. Barfield et l&rsquo;\u00e9volution de la conscience<\/p>\n<p>iv. \u00ab\u00a0Quid est Veritas\u00a0\u00bb Qu&rsquo;est-ce que la v\u00e9rit\u00e9 ?<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;un livre important, un livre qui reprend plusieurs des id\u00e9es vivantes de la philosophie de l&rsquo;activit\u00e9 spirituelle et des \u00e9nigmes de la philosophie \u00e0 travers un voyage dans l&rsquo;\u00e9volution de la science moderne.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>J&rsquo;ai l&rsquo;impression, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, que Max s&rsquo;est charg\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire ce livre t\u00e9lescopique au nom de tous ceux qui aiment l&rsquo;anthroposophie et qui voudraient la voir prendre la place qui lui revient de droit, celle de leader spirituel parmi les grands esprits et les impulsions transformatrices de notre \u00e9poque.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Avec une habile navigation intellectuelle, Max navigue sur les \u00e9crits scientifiques et philosophiques de Bacon, Galil\u00e9e, Descartes, Newton, Kant, Darwin et bien d&rsquo;autres eaux tumultueuses.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>Platon, Aristote, Aquin, Goethe et Barfield lui donnent le vent en poupe, et il arrive au port avec Rudolf Steiner, dont l&rsquo;arriv\u00e9e signifie, bien s\u00fbr, le d\u00e9but d&rsquo;un nouveau voyage.<\/p>\n<p>Max fournit ensuite une carte pour ce nouveau voyage dans l&rsquo;annexe D : Ph\u00e9nom\u00e9nologie de l&rsquo;\u00e2me et transfiguration de la conscience. <span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>J&rsquo;ai \u00e9galement pu regarder et \u00e9couter un enregistrement Zoom de la soutenance de th\u00e8se de Max.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>Voici les commentaires sur la th\u00e8se de Max de plusieurs membres du comit\u00e9 de l&rsquo;Institut d&rsquo;\u00e9tudes int\u00e9grales de Californie, qui ont pos\u00e9 des questions pendant l&rsquo;enregistrement.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>N&rsquo;oubliez pas qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;anthroposophes, mais simplement de penseurs contemporains, tous titulaires d&rsquo;un doctorat, qui ont \u00e9t\u00e9 charg\u00e9s d&rsquo;\u00e9valuer le travail de Max.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0&#8230; un travail extraordinaire de vision authentique ; \u00e9galement un travail d&rsquo;\u00e9rudition, d&rsquo;apprentissage&#8230;\u00a0\u00bb [Richard Tarnas]<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0&#8230; un travail de gu\u00e9rison aussi bien qu&rsquo;un travail th\u00e9orique, analytique&#8230;\u00a0\u00bb [Matt Segall]<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0&#8230; L&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il existe un lien profond avec la r\u00e9cup\u00e9ration d&rsquo;un savoir participatif, pas seulement th\u00e9orique mais actif, comme r\u00e9ponse \u00e0 la crise du sens &#8211; je pense que c&rsquo;est g\u00e9nial.\u00a0\u00bb [John Vervaeke]<\/p>\n<p>Oh et, en passant, comme une sorte de bonus pour ceux qui ach\u00e8tent le livre, dans l&rsquo;annexe B, Max fournit sa propre traduction du Calendrier de l&rsquo;\u00e2me de Rudolf Steiner.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>Voici un lien que vous pouvez utiliser pour commander le livre de Max :<\/p>\n<p>The Redemption of Thinking : A Study in Truth, Knowledge, and the Evolution of Consciousness with Special Reference to Johann von Goethe, Owen Barfield, and Rudolf Steiner : Leyf PhD, Max : 9798574488805 : Livres &#8211; Amazon.ca<\/p>\n<p>Voici les dix questions que j&rsquo;ai pos\u00e9es \u00e0 Max lors de notre entretien, ainsi que ses r\u00e9ponses.<\/p>\n<p>Dans votre livre, vous faites r\u00e9f\u00e9rence au \u00ab\u00a0difficile probl\u00e8me de la conscience\u00a0\u00bb. J&rsquo;ai trois questions :<\/p>\n<p>a. Quel est ce probl\u00e8me ?<\/p>\n<p>Il est possible d&rsquo;\u00e9tablir des corr\u00e9lations entre des \u00e9tats physiques et physiologiques d&rsquo;une part, et des exp\u00e9riences conscientes qualitatives d&rsquo;autre part, mais pas d&rsquo;expliquer comment l&rsquo;un cause l&rsquo;autre. Le premier cas a parfois \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 \u00ab\u00a0le probl\u00e8me facile\u00a0\u00bb, non pas parce qu&rsquo;il n&rsquo;implique aucun effort de la part des scientifiques, mais parce qu&rsquo;il consiste simplement \u00e0 effectuer des mesures et \u00e0 faire des observations. En revanche, le \u00ab\u00a0probl\u00e8me difficile\u00a0\u00bb consiste \u00e0 surmonter l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 qualitative entre les \u00e9tats c\u00e9r\u00e9braux et les ph\u00e9nom\u00e8nes conscients, qui est \u00e9vidente pour quiconque comprend la signification de ces termes. Les \u00e9tats c\u00e9r\u00e9braux sont simplement ce qu&rsquo;ils sont et ne concernent rien. Les \u00e9tats conscients, en revanche, sont intentionnels par leur nature et leur essence m\u00eame.<\/p>\n<p>b. Pourquoi est-ce si difficile \u00e0 r\u00e9soudre ?<\/p>\n<p>Il n&rsquo;existe aucun moyen \u00e9vident par lequel une mati\u00e8re inconsciente et non intentionnelle pourrait donner naissance \u00e0 la conscience et \u00e0 l&rsquo;intentionnalit\u00e9. L&rsquo;absence d&rsquo;explication n&rsquo;est pas un simple accident mais une fonction de notre d\u00e9finition m\u00eame de la \u00ab\u00a0mati\u00e8re\u00a0\u00bb, que nous pr\u00e9sumons \u00eatre primordialement inerte et inconsciente. Si vous stipulez que la mati\u00e8re inerte est une substance fondamentale tout en postulant que les qualit\u00e9s secondaires, l&rsquo;intentionnalit\u00e9 et la conscience sont en quelque sorte \u00e9mergentes ou d\u00e9riv\u00e9es de la substance fondamentale, vous devrez expliquer comment ces derni\u00e8res ont pu na\u00eetre de la premi\u00e8re, ce que vous ne pourrez jamais faire en raison de l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 qualitative cat\u00e9gorique. On devrait vraiment l&rsquo;appeler \u00ab\u00a0le probl\u00e8me impossible\u00a0\u00bb pour la m\u00eame raison que nous n&rsquo;attendons pas vraiment de d\u00e9couvrir comment g\u00e9n\u00e9rer une sph\u00e8re \u00e0 partir de lignes dans un plan, ou un v\u00e9lo \u00e0 trois roues. Assembler un esprit \u00e0 partir d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments sans esprit est une sorte d&rsquo;oxymore.<\/p>\n<p>c. Pourquoi est-ce si important ?<\/p>\n<p>L&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il doit y avoir une r\u00e9ponse \u00e0 cette question est l&rsquo;une des chevilles ouvri\u00e8res du paradigme scientifique contemporain. L&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de r\u00e9ponse &#8211; que \u00ab\u00a0l&rsquo;on ne peut pas y arriver en partant d&rsquo;ici\u00a0\u00bb &#8211; est \u00e0 peine envisag\u00e9e. Si la difficult\u00e9 \u00e9tait affront\u00e9e de front, il est peu probable que le paradigme du mat\u00e9rialisme survive intact.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>C&rsquo;est assez dr\u00f4le, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, et j&rsquo;ai m\u00eame entendu parler de ce sc\u00e9nario comme d&rsquo;un \u00ab\u00a0mat\u00e9rialisme prometteur\u00a0\u00bb. En d&rsquo;autres termes, le moment de la crise pour le paradigme mat\u00e9rialiste peut toujours \u00eatre retard\u00e9 ; le plafond de la dette peut toujours \u00eatre relev\u00e9. Cela permet aux mat\u00e9rialistes d&rsquo;\u00e9viter d&rsquo;avoir \u00e0 faire face \u00e0 la musique, pour ainsi dire, parce que la solution, bien que jamais \u00e0 venir, peut \u00eatre infiniment diff\u00e9r\u00e9e.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>2) Dans la deuxi\u00e8me partie de votre livre, vous affrontez l&rsquo;it\u00e9ration moderne du pr\u00e9suppos\u00e9 darwinien selon lequel l&rsquo;esprit a d\u00fb \u00e9merger de la mati\u00e8re sans esprit. Vous \u00e9crivez :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Parmi d&rsquo;autres d\u00e9fauts, une telle vision ne tient pas compte du fait qu&rsquo;accorder une telle proposition impliquerait une reconception fondamentale de la nature de la mati\u00e8re inerte. Si les fonctions et les ph\u00e9nom\u00e8nes exquis de la vie et de l&rsquo;esprit devaient effectivement \u00e9merger de la mati\u00e8re inerte, celle-ci devrait \u00eatre enti\u00e8rement repens\u00e9e par rapport \u00e0 l&rsquo;image qu&rsquo;on en a actuellement. La mati\u00e8re inerte devrait \u00eatre con\u00e7ue de mani\u00e8re \u00e0 \u00eatre potentiellement consciente. La mati\u00e8re devrait \u00eatre con\u00e7ue partout comme \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 enceinte de l&rsquo;esprit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D&rsquo;apr\u00e8s votre exp\u00e9rience, comment un mat\u00e9rialiste pur s&rsquo;y opposerait-il ? Et comment r\u00e9pondriez-vous \u00e0 son objection ?<\/p>\n<p>Avant de dire quoi que ce soit, il faut observer que la question de savoir comment la vie \u00e9merge de la non-vie est la m\u00eame que celle de savoir comment la conscience \u00e9merge de son absence. Fondamentalement, toutes deux d\u00e9coulent de l&rsquo;effort pur et naturel de l&rsquo;intelligence pour se comprendre elle-m\u00eame. On pourrait appeler cela la connaissance de soi. Il me semble que le voyage vers la connaissance de soi et du monde est suffisamment assidu sans que nous ayons d&rsquo;abord \u00e0 renverser notre carte. C&rsquo;est ce que nous faisons, en effet, en insistant pour partir d&rsquo;un point de vue que nous n&rsquo;occupons pas, et ne pourrons jamais occuper. Par cette analogie, je veux souligner le fait que pour expliquer la vie et la conscience, la non-vie et la non-conscience ne peuvent jamais servir de point de d\u00e9part appropri\u00e9, car toute explication de cette derni\u00e8re pr\u00e9suppose d\u00e9j\u00e0 ce qu&rsquo;elle est cens\u00e9e expliquer. Poser l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un univers sans vie et sans conscience est une pure conjecture et ne peut jamais devenir une question d&rsquo;exp\u00e9rience. \u00ab\u00a0Et un rocher ? Elle est inconsciente, non ?\u00a0\u00bb pourrait-on se demander. Mais c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 le probl\u00e8me : toute roche r\u00e9elle implique d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;existence d&rsquo;un univers vivant comme celui-ci, qui est le seul qui existe. Bien s\u00fbr, il est possible de faire l&rsquo;hypoth\u00e8se de roches abstraites que, par d\u00e9finition, nous ne rencontrerons jamais, ou de multivers, qui sont tout aussi hypoth\u00e9tiques. Mais il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;un exercice de fantaisie et non de science, de philosophie ou d&rsquo;anthroposophie. Toute observation r\u00e9elle, qui est ostensiblement la base de la m\u00e9thode scientifique, implique la vie et la conscience \u00e9tant donn\u00e9 son contexte concret dans le p\u00f4le subjectif et objectif de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;on consid\u00e8re l&rsquo;argument du mat\u00e9rialiste, son explication cherche \u00e0 rendre compte de quelque chose de plus complexe en termes de quelque chose de moins complexe. Il est axiomatique dans le cadre mat\u00e9rialiste que la mati\u00e8re est quelque chose de fondamental. Il est donc naturel que toute explication de la vie doive prendre la mati\u00e8re inerte comme point de d\u00e9part. La mati\u00e8re est imagin\u00e9e comme quelque chose d&rsquo;ordonn\u00e9, de pr\u00e9visible et de quantifiable, qui se pr\u00eate donc aux mod\u00e8les et aux \u00e9quations. Mais par d\u00e9finition, la mati\u00e8re ne peut jamais \u00eatre un objet d&rsquo;exp\u00e9rience directe, puisque la r\u00e9alit\u00e9 objective est cens\u00e9e nous \u00eatre ferm\u00e9e par nos cocons kantiens tiss\u00e9s d&rsquo;apparences, d&rsquo;exp\u00e9rience ph\u00e9nom\u00e9nale et de qualit\u00e9s secondaires.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Je dois admettre qu&rsquo;en revenant sur cette question quelques ann\u00e9es apr\u00e8s avoir \u00e9crit le livre, la pr\u00e9misse semble manifestement absurde. Pourquoi diable donnerions-nous la priorit\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de quelque chose que nous ne pourrons jamais exp\u00e9rimenter plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 quelque chose que nous pouvons exp\u00e9rimenter ? Pourquoi consid\u00e9rerions-nous les mod\u00e8les math\u00e9matiques que nous cr\u00e9ons comme plus r\u00e9els que les ph\u00e9nom\u00e8nes dont ils sont extraits et qu&rsquo;ils sont cens\u00e9s mod\u00e9liser ? C&rsquo;est regarder par le mauvais bout du t\u00e9lescope. Plut\u00f4t que de partir de l&rsquo;ext\u00e9rieur de l&rsquo;exp\u00e9rience et d&rsquo;essayer de raisonner pour y revenir, on peut voir que le seul univers que nous connaissons est cet univers vivant, celui dans lequel la vie et la conscience sont manifestement pr\u00e9sentes.<\/p>\n<p>3) Je n&rsquo;ai jamais fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la page mais je me souviens que vous avez mentionn\u00e9 dans le livre que les d\u00e9veloppements de la pens\u00e9e scientifique au cours des derniers si\u00e8cles ont cr\u00e9\u00e9 l&rsquo;environnement de pens\u00e9e qui a rendu le postmodernisme possible. L&rsquo;image que j&rsquo;ai est celle du parricide. Pouvez-vous d\u00e9velopper ce point ?<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Oui, d\u00e8s lors que l&rsquo;on permet \u00e0 des mod\u00e8les abstraits de remplacer les ph\u00e9nom\u00e8nes r\u00e9els en tant qu&rsquo;objets de v\u00e9rit\u00e9, on constate qu&rsquo;un grand nombre de th\u00e9ories diff\u00e9rentes peuvent \u00eatre avanc\u00e9es sans qu&rsquo;aucun moyen \u00e9pist\u00e9mologique v\u00e9ritable ne permette de les d\u00e9partager. Au lieu de cela, la supr\u00e9matie d&rsquo;une th\u00e9orie sur une autre est d\u00e9cid\u00e9e non pas par sa v\u00e9rit\u00e9 mais par des forces culturelles, ce qui ressemble d\u00e9j\u00e0 beaucoup au postmodernisme. Le parricide est un ph\u00e9nom\u00e8ne int\u00e9ressant dans l&rsquo;\u00e9mergence du paradigme scientifique puisque, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, les premiers modernes, en particulier Bacon, Descartes et Galil\u00e9e, ont sp\u00e9cifiquement entrepris de rejeter Aristote. Bacon a m\u00eame appel\u00e9 son texte fondateur le Novum Organum.<\/p>\n<p>Bacon est un cas int\u00e9ressant et paradoxal. D&rsquo;une part, il est salu\u00e9 comme le p\u00e8re de la m\u00e9thode scientifique et le champion de la science moderne contre les dogmes poussi\u00e9reux des \u00ab\u00a0\u00e9coliers\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0philosophes\u00a0\u00bb. Mais en m\u00eame temps, il pr\u00f4ne \u00e9videmment une attention aux ph\u00e9nom\u00e8nes et une campagne pour exorciser les \u00ab\u00a0idoles de l&rsquo;esprit\u00a0\u00bb qui d\u00e9forment notre perception de ceux-ci. Et cette entreprise n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 reprise avec autant d&rsquo;ardeur avant Goethe, des centaines d&rsquo;ann\u00e9es plus tard. J&rsquo;ai en fait supprim\u00e9 une section que j&rsquo;avais \u00e9crite, comparant Galil\u00e9e et Bacon \u00e0 Romulus et Remus. Ce que les fr\u00e8res \u00e9taient \u00e0 Rome, les penseurs l&rsquo;\u00e9taient \u00e0 la science moderne. Le fratricide comme le patricide est un \u00e9l\u00e9ment int\u00e9ressant de la mythologie fondatrice et, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, il est r\u00e9capitul\u00e9 dans la science moderne parce que l&#8217;empirisme direct que pr\u00e9conise Bacon est trahi par le recours aux abstractions et aux mod\u00e8les quantitatifs avant de pouvoir se propager.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>4) Comment caract\u00e9riseriez-vous la diff\u00e9rence essentielle entre une approche newtonienne et goeth\u00e9enne de la recherche scientifique ?<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Trois choses : la calculabilit\u00e9 contre la perspicacit\u00e9 ; les mod\u00e8les contre l&rsquo;exp\u00e9rience ; le r\u00e9ductionnisme contre la m\u00e9tamorphose. Je me souviens d&rsquo;une citation de Cassirer : \u00ab\u00a0La formule math\u00e9matique s&rsquo;efforce de rendre les ph\u00e9nom\u00e8nes calculables, celle de Goethe de les rendre visibles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>5) Vous avez sembl\u00e9 m\u00e9diter \u00e0 un moment donn\u00e9 sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un choix ferme entre les approches newtonienne et goeth\u00e9enne. Quel est votre point de vue ? Les deux perspectives peuvent-elles \u00eatre harmonis\u00e9es ?<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Oui, je ne vois pas pourquoi elles ne pourraient pas \u00eatre harmonis\u00e9es, tant que chacune est consid\u00e9r\u00e9e pour ce qu&rsquo;elle est. L&rsquo;approche de Newton consiste \u00e0 transposer les ph\u00e9nom\u00e8nes en mod\u00e8les math\u00e9matiques. Cela permet d&rsquo;en avoir une ma\u00eetrise technologique. L&rsquo;approche de Goethe consiste \u00e0 chercher \u00e0 comprendre les ph\u00e9nom\u00e8nes dans leurs propres termes. Cela permet la perspicacit\u00e9 et la connaissance de soi. Barfield a compar\u00e9 cela \u00e0 la diff\u00e9rence entre savoir comment conduire une voiture et savoir ce qu&rsquo;est une voiture et comment elle fonctionne. Par cons\u00e9quent, la m\u00e9thode newtonienne favorise une sorte de \u00ab\u00a0connaissance du tableau de bord\u00a0\u00bb dont la fonction est utilitaire, mais pas la compr\u00e9hension.<\/p>\n<p>6) Aux pages 225 \u00e0 232, vous pr\u00e9sentez trois objections tr\u00e8s convaincantes \u00e0 la th\u00e9orie de la chose-en-soi de Kant. Lutter de la sorte est essentiel sur le chemin de la connaissance, car sans surmonter cette pens\u00e9e kantienne, nous nous retrouverions toujours dans l&rsquo;incertitude quant \u00e0 l&rsquo;accessibilit\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9. Plus qu&rsquo;un pur dilemme philosophique, c&rsquo;est un obstacle personnel pour chacun de nous sur le chemin de la Connaissance. Par exemple, les anthroposophes ne risquent-ils pas de se retrouver dans un pi\u00e8ge kantien ? Par exemple, nous concevons l&rsquo;arbre comme une entit\u00e9 qui a son ego au Devachan, avec sa chose fondamentale en soi hors de port\u00e9e pour nous dans cette vie si nous ne sommes pas des voyants clairvoyants ?<\/p>\n<p>Je ne peux pas r\u00e9sister \u00e0 l&rsquo;envie de citer l&rsquo;une des pol\u00e9miques les plus spirituelles que j&rsquo;ai rencontr\u00e9es, qui vient d&rsquo;Ayn Rand :<\/p>\n<p>L&rsquo;argument [de Kant], en substance, \u00e9tait le suivant : l&rsquo;homme est limit\u00e9 \u00e0 une conscience d&rsquo;une nature sp\u00e9cifique, qui per\u00e7oit par des moyens sp\u00e9cifiques et aucun autre, par cons\u00e9quent, sa conscience n&rsquo;est pas valide ; l&rsquo;homme est aveugle, parce qu&rsquo;il a des yeux &#8211; sourd, parce qu&rsquo;il a des oreilles &#8211; tromp\u00e9, parce qu&rsquo;il a un esprit &#8211; et les choses qu&rsquo;il per\u00e7oit n&rsquo;existent pas, parce qu&rsquo;il les per\u00e7oit.<\/p>\n<p>De toute \u00e9vidence, il s&rsquo;agit d&rsquo;un homme de paille qui ne parvient pas \u00e0 donner une repr\u00e9sentation ad\u00e9quate de la position qu&rsquo;il cherche \u00e0 r\u00e9futer et, par cons\u00e9quent, la citation n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 retenue dans le livre. N\u00e9anmoins, elle montre aussi bien que possible la contradiction cach\u00e9e dans l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie de Kant et peut peut-\u00eatre faire rire le lecteur.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 votre question sur les anthroposophes qui succombent au m\u00eame pi\u00e8ge kantien sous la rubrique de la terminologie th\u00e9osophique : oui, c&rsquo;est clairement un danger. Steiner a \u00e9galement reconnu le risque que ses enseignements soient interpr\u00e9t\u00e9s de cette mani\u00e8re et met en garde contre une telle interpr\u00e9tation \u00e0 de nombreuses reprises. Mais cela ne devrait pas nous surprendre que ce qui est perceptible dans les mondes sup\u00e9rieurs \u00e9chappe \u00e0 la vision des mondes inf\u00e9rieurs. Apr\u00e8s tout, je ne consid\u00e8re pas le fait que je ne te connaisse pas absolument, Tim, comme quelque chose de contradictoire avec le fait que je te connais en partie et suffisamment pour que nous ayons une conversation sur ces questions. La pierre d&rsquo;achoppement semble \u00eatre l&rsquo;impulsion gnostique qui voit le monde mat\u00e9riel comme une sorte de prison ou une maya dont la seule fonction est de nous emprisonner. L&rsquo;impulsion christique est l&rsquo;inverse : le monde mat\u00e9riel est un sacrement du Royaume de Dieu, chaque \u00eatre participe \u00e0 sa propre transcendance.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>7) Comment sortir du pi\u00e8ge ?<\/p>\n<p>La solution consiste \u00e0 r\u00e9pudier l&rsquo;impulsion gnostique et \u00e0 dissoudre la dichotomie arbitraire entre l&rsquo;apparence et la chose-en-soi. Je ne sais pas quel est le terme le plus expressif pour cela, mais ce que j&rsquo;ai appel\u00e9 \u00ab\u00a0l&rsquo;impulsion gnostique\u00a0\u00bb appara\u00eet clairement dans la tendance protestante \u00e0 l&rsquo;iconoclasme et dans l&rsquo;id\u00e9e que tout ce qui n&rsquo;est pas explicitement religieux est antith\u00e9tique \u00e0 la religion. La R\u00e9forme se consid\u00e9rait comme un mouvement fondamentaliste qui cherchait \u00e0 revenir aux racines du christianisme et l&rsquo;interdiction de l&rsquo;idol\u00e2trie \u00e9tait inscrite dans les dix commandements : \u00ab\u00a0Tu ne te feras pas d&rsquo;image taill\u00e9e.\u00a0\u00bb Le Coran contient des injonctions similaires. Mais le christianisme \u00e9tait une ramification du juda\u00efsme, mais jamais une simple ramification du juda\u00efsme. Il a plut\u00f4t \u00e9t\u00e9 une synth\u00e8se de l&rsquo;impulsion monoth\u00e9iste h\u00e9bra\u00efque et de l&rsquo;impulsion polyth\u00e9iste hell\u00e9nique. Le premier offrait la substance morale et le second la forme philosophique. L&rsquo;un \u00e9tait le p\u00e8re et l&rsquo;autre la m\u00e8re. Les gens ne consid\u00e8rent pas souvent que le Nouveau Testament a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit en grec. Par cons\u00e9quent, ce que Luther et d&rsquo;autres r\u00e9formateurs protestants faisaient, c&rsquo;\u00e9tait revenir \u00e0 une vision unilat\u00e9rale du pass\u00e9, qui n&rsquo;est sans doute pas chr\u00e9tienne du tout. Malgr\u00e9 toutes leurs fautes, les \u00c9glises catholique et orthodoxe ont pr\u00e9serv\u00e9 l&rsquo;esprit sacramentel qui pointe vers la transfiguration ultime de toute mati\u00e8re en Christ. Il est int\u00e9ressant de noter que l&rsquo;une des descriptions les plus \u00e9loquentes de cette divinisation ne contient aucun langage th\u00e9ologique. Elle appara\u00eet plut\u00f4t dans le Walden de Thoreau :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pour celui dont la pens\u00e9e \u00e9lastique et vigoureuse suit le rythme du soleil, le jour est un matin perp\u00e9tuel. Peu importe ce que disent les horloges ou les attitudes et les travaux des hommes. Le matin, c&rsquo;est quand je suis \u00e9veill\u00e9 et qu&rsquo;il y a une aube en moi. La r\u00e9forme morale est l&rsquo;effort pour se d\u00e9barrasser du sommeil. Pourquoi les hommes font-ils un si mauvais compte rendu de leur journ\u00e9e s&rsquo;ils n&rsquo;ont pas somnol\u00e9 ? Ils ne sont pas de si mauvais calculateurs. S&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas \u00e9t\u00e9 accabl\u00e9s par la somnolence, ils auraient accompli quelque chose. Les millions sont assez \u00e9veill\u00e9s pour le travail physique ; mais un seul sur un million est assez \u00e9veill\u00e9 pour un effort intellectuel efficace, un seul sur cent millions pour une vie po\u00e9tique ou divine. \u00catre \u00e9veill\u00e9, c&rsquo;est \u00eatre vivant. Je n&rsquo;ai encore jamais rencontr\u00e9 un homme qui \u00e9tait tout \u00e0 fait \u00e9veill\u00e9. Comment aurais-je pu le regarder en face ?<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous devons apprendre \u00e0 nous r\u00e9veiller et \u00e0 nous maintenir \u00e9veill\u00e9s, non pas par des aides m\u00e9caniques, mais par une attente infinie de l&rsquo;aube, qui ne nous abandonne pas dans notre sommeil le plus profond. Je ne connais pas de fait plus encourageant que la capacit\u00e9 incontestable de l&rsquo;homme \u00e0 \u00e9lever sa vie par un effort conscient. C&rsquo;est quelque chose d&rsquo;\u00eatre capable de peindre un tableau particulier, ou de sculpter une statue, et ainsi de rendre beaux quelques objets ; mais il est bien plus glorieux de sculpter et de peindre l&rsquo;atmosph\u00e8re et le milieu m\u00eames \u00e0 travers lesquels nous regardons, ce que nous pouvons faire moralement. Influencer la qualit\u00e9 de la journ\u00e9e, voil\u00e0 le plus grand des arts\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Je me rends compte que cette r\u00e9ponse \u00e0 votre question a \u00e9t\u00e9 quelque peu discursive mais, pour ma d\u00e9fense, des id\u00e9es comme celle-ci poss\u00e8dent une qualit\u00e9 holographique et tout ressemble \u00e0 tout le reste jusqu&rsquo;\u00e0 un certain point. En tout cas, rien dans l&rsquo;exp\u00e9rience directe d&rsquo;une personne, par exemple un pamplemousse, ne lui dit que son apparence devrait \u00eatre en contradiction avec sa r\u00e9alit\u00e9. Au contraire, la dichotomie apparence-r\u00e9alit\u00e9 est quelque chose que nous importons dans notre exp\u00e9rience directe par la pens\u00e9e. La question de savoir d&rsquo;o\u00f9 viennent ces pens\u00e9es si ce n&rsquo;est de l&rsquo;exp\u00e9rience directe indique la r\u00e9alit\u00e9 des esprits populaires, des archanges, des principaut\u00e9s, etc.<\/p>\n<p>9) \u00c0 la page 339, vous \u00e9crivez : \u00a0\u00bb La v\u00e9rit\u00e9 comme participation au sens r\u00e9sout le foss\u00e9 entre la connaissance et la r\u00e9alit\u00e9 parce qu&rsquo;elle ne le cr\u00e9e pas en premier lieu. \u00ab\u00a0<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>C&rsquo;est une id\u00e9e lib\u00e9ratrice. Comment, dans le contexte de cette id\u00e9e, r\u00e9pondriez-vous \u00e0 quelqu&rsquo;un qui objecte que le sens, apr\u00e8s tout, est subjectif ? c&rsquo;est-\u00e0-dire la doctrine \u00ab\u00a0ma v\u00e9rit\u00e9 \/ votre v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb ?<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Il est \u00e9vident qu&rsquo;il s&rsquo;attend \u00e0 ce que je prenne le sens de sa question comme \u00e9tant plus qu&rsquo;une invention de son esprit subjectif, sinon il ne la poserait pas. Poser une question comme celle-ci pr\u00e9suppose l&rsquo;intersubjectivit\u00e9 ou l&rsquo;objectivit\u00e9 du sens qu&rsquo;elle entend nier.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>9) Ce fut un grand plaisir de lire l&rsquo;annexe C, qui fournit les fondements et les indications d&rsquo;une m\u00e9thodologie pour transfigurer notre conscience de mani\u00e8re \u00e0 cultiver de nouvelles facult\u00e9s de cognition. Nous pourrions tenir une interview enti\u00e8re sur les indications que vous avez fournies. Cependant, je ne vais aborder qu&rsquo;un seul aspect. En ce qui concerne l&rsquo;observation de la pens\u00e9e, vous sous-entendez la possibilit\u00e9 d&rsquo;une transition, d&rsquo;un passage de l&rsquo;observation de la pens\u00e9e que l&rsquo;on a faite dans un pass\u00e9 r\u00e9cent \u00e0 une conscience directe et accrue de la pens\u00e9e que l&rsquo;on fait dans le pr\u00e9sent. Est-ce bien ce que vous voulez dire ? Si oui, pouvez-vous en dire plus ?<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Oui. Bien s\u00fbr, il est difficile d&rsquo;en dire plus et si c&rsquo;\u00e9tait vraiment facile, nous ne serions probablement pas troubl\u00e9s par cette \u00e9nigme pour commencer, car nous serions imm\u00e9diatement et intuitivement conscients de notre propre cr\u00e9ativit\u00e9 libre \u00e0 chaque instant. En outre, tant qu&rsquo;une personne n&rsquo;a pas fait l&rsquo;exp\u00e9rience que Steiner indique dans la philosophie de la libert\u00e9, tout ce qui est dit \u00e0 ce sujet est susceptible d&rsquo;\u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 en fonction d&rsquo;exp\u00e9riences qui impliquent l&rsquo;inexistence de cette activit\u00e9 spirituelle. De m\u00eame, lorsqu&rsquo;une personne a fait l&rsquo;exp\u00e9rience \u00e0 laquelle Steiner nous invite \u00e0 participer, il suffit de l&rsquo;indiquer pour qu&rsquo;elle sache exactement de quoi il s&rsquo;agit. Steiner a souvent compar\u00e9 la philosophie de la libert\u00e9 \u00e0 quelque chose qui doit \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9 par le lecteur et non simplement lu. Imaginez la diff\u00e9rence entre la lecture d&rsquo;un manuel d&rsquo;exercices de gymnastique et leur ex\u00e9cution effective. Si nous nous lan\u00e7ons dans l&rsquo;observation de la pens\u00e9e, nous finirons par percevoir que nos pens\u00e9es sont \u00ab\u00a0d\u00e9phas\u00e9es\u00a0\u00bb par rapport \u00e0 notre pens\u00e9e (activit\u00e9 de pens\u00e9e intentionnelle ou voulue). Imaginez que vous ne puissiez voir qu&rsquo;une toile mais que la pi\u00e8ce soit sombre, que le peintre soit v\u00eatu de noir et que son pinceau soit invisible, ou supposez que vous ne puissiez entendre que des \u00e9chos mais pas des sons incidents, ou supposez que vous soyez une baleine sous l&rsquo;eau et que vous puissiez lever les yeux et voir toute une flotte de coques. \u00c0 ce jour, la m\u00e9taphore de Platon est peut-\u00eatre la plus pr\u00e9cise.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>10) Dans le chapitre 3 de la Philosophie de la libert\u00e9, Steiner dit clairement que nous ne pouvons observer qu&rsquo;une pens\u00e9e que nous avons d\u00e9j\u00e0 faite. Et pourtant, avec le temps, l&rsquo;acte d&rsquo;observation de notre pens\u00e9e, impr\u00e9gn\u00e9 de volont\u00e9, nous am\u00e8ne de plus en plus \u00e0 un endroit o\u00f9 notre Je Suis est si vivant dans notre pens\u00e9e que la pens\u00e9e et son observation semblent effectivement se confondre. Comment concilier ce que Steiner dit au chapitre 3 avec l&rsquo;exp\u00e9rience de suivre r\u00e9ellement ses indications ?<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Peut-\u00eatre Steiner nous pr\u00e9sente-t-il la philosophie de la libert\u00e9 comme un d\u00e9fi. Il est bien connu que les alchimistes m\u00e9di\u00e9vaux corrompaient d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment les instructions dans leurs manuscrits, comme une sorte de test que le lecteur devait surmonter.<\/p>\n<p>Je pense que le paradoxe apparent a \u00e0 voir avec le fait de mettre notre pens\u00e9e en phase avec nos pens\u00e9es afin que nous reconnaissions la relation de cause \u00e0 effet qui existe entre elles. \u00c0 partir de l\u00e0, nous prenons conscience de notre propre activit\u00e9 spirituelle cr\u00e9atrice libre. D&rsquo;apr\u00e8s mon exp\u00e9rience, en poursuivant notre propre compr\u00e9hension des pens\u00e9es pr\u00e9sent\u00e9es par Steiner, nous pouvons soudainement prendre conscience, du coin de l&rsquo;\u0153il, de notre propre activit\u00e9 no\u00e9tique que nous avons exerc\u00e9e pendant tout ce temps afin de penser ces pens\u00e9es apr\u00e8s lui. C&rsquo;est pourquoi les pens\u00e9es de la Philosophie de la Libert\u00e9, ainsi que celles des autres manuels de Steiner, comme la Connaissance des Mondes Sup\u00e9rieurs, sont quelque peu exotiques et m\u00eame \u00ab\u00a0acrobatiques\u00a0\u00bb. C&rsquo;est justement ce qui est le plus indiqu\u00e9 si le but est de saisir l&rsquo;eurythmie spirituelle de notre propre moi dans notre vision p\u00e9riph\u00e9rique, pour ainsi dire. C&rsquo;est le moment crucial car, pour la premi\u00e8re fois, nous voyons la cause, l&rsquo;\u00e9nergie et l&rsquo;agence de nos pens\u00e9es, ainsi que leur essence id\u00e9ale transparente et leur contenu s\u00e9mantique. \u00c0 mon avis, ce dernier est le premier fruit de l&rsquo;observation dans la philosophie de la libert\u00e9 et le premier est la fruition, qui n&rsquo;est pas la m\u00eame chose que la fin ou l&rsquo;ach\u00e8vement. En fait, c&rsquo;est le trou de serrure qui ouvre sur des \u00e9tats de conscience plus \u00e9lev\u00e9s. D&rsquo;ordinaire, la conscience se caract\u00e9rise par la connaissance par la r\u00e9flexion. La consommation de la philosophie de la libert\u00e9 est l&rsquo;exp\u00e9rience de la connaissance par l&rsquo;\u00eatre et par la communion, puisque notre propre pens\u00e9e n&rsquo;est pas quelque chose que nous percevons mais quelque chose que nous faisons et que nous sommes. On pourrait donc l&rsquo;assimiler \u00e0 la perception kinesth\u00e9sique et l&rsquo;opposer \u00e0 la perception visuelle ou auditive.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Le Dr Max Leyf est un Rolfer, un philosophe et un anthroposophe originaire d&rsquo;Alaska. Il a obtenu son doctorat \u00e0 l&rsquo;Institut californien d&rsquo;\u00e9tudes int\u00e9grales en 2019. Il enseigne la philosophie dans une universit\u00e9 locale \u00e0 Anchorage, o\u00f9 il maintient \u00e9galement une pratique du Rolfer appel\u00e9e The Way of the Elbow. Il a publi\u00e9 plusieurs livres et travaille actuellement en tant que coauteur sur un livre sur la pens\u00e9e d&rsquo;Owen Barfield. Il tient un site Web \u00e0 l&rsquo;adresse theoriapress.wordpress.com.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une \u00e9tude sur la v\u00e9rit\u00e9, le sens et l&rsquo;\u00e9volution de la conscience, avec une r\u00e9f\u00e9rence particuli\u00e8re \u00e0 Johann von Goethe, Owen Barfield et Rudolf Steiner.\u00a0 Si vous aimez la philosophie de l&rsquo;activit\u00e9 spirituelle, je vous recommande vivement de commander (et de lire !) un exemplaire&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":10363,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-10372","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nouvelles-publique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10372","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10372"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10372\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10373,"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10372\/revisions\/10373"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10363"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10372"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10372"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10372"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}