{"id":2763,"date":"2016-06-08T16:06:18","date_gmt":"2016-06-08T20:06:18","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asc.wdtest.info\/fr\/?p=2763"},"modified":"2016-06-09T16:04:03","modified_gmt":"2016-06-09T20:04:03","slug":"entrevue-avec-bert-chase-de-robert-mckay","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/entrevue-avec-bert-chase-de-robert-mckay\/","title":{"rendered":"Entrevue avec Bert Chase  De Robert McKay"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Bert07-2.jpg\" rel=\"attachment wp-att-2684\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2684 alignright\" src=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Bert07-2-225x300.jpg\" alt=\"Bert07\" width=\"225\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Bert07-2-225x300.jpg 225w, https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Bert07-2-768x1024.jpg 768w, https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Bert07-2.jpg 1200w\" sizes=\"(max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/><\/a>Robert <\/strong>: Pourriez-vous nous dresser un portrait de votre enfance et de votre jeunesse? Est-ce qu\u2019il y a eu des \u00e9v\u00e9nements marquants qui ont pr\u00e9par\u00e9 votre rencontre avec l\u2019anthroposophie?<\/p>\n<p><strong>Bert <\/strong>: Je suis n\u00e9 aux \u00c9tats-Unis, dans une petite ville du Missouri. Quand j\u2019\u00e9tais encore tr\u00e8s jeune, ma famille s\u2019est install\u00e9e au P\u00e9rou, et c\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai pass\u00e9 mon enfance. Lorsque je revois ces ann\u00e9es dans ma m\u00e9moire, un de mes tout premiers souvenirs m\u2019appara\u00eet comme \u00e9tant d\u2019une importance capitale pour le d\u00e9roulement de ma biographie. J\u2019avais quatre ans lorsque nous avons fait une excursion en famille jusqu\u2019au Machu Picchu, dans les hautes Andes. Par suite d&rsquo;un concours de circonstances exceptionnelles \u2013 y compris un glissement de terrain et le fait que mon p\u00e8re avait d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019on y arriverait co\u00fbte que co\u00fbte &#8211; nous \u00e9tions les seuls \u00eatres humains sur le site ce jour-l\u00e0. Il avait plu pendant quelque temps auparavant, mais quand nous sommes enfin arriv\u00e9s \u00e0 ce magnifique endroit, le soleil est apparu sous les nuages. Je me rappelle encore la magie de la sc\u00e8ne \u2013 le soleil surgissant tout d\u2019un coup et inondant les gouttelettes qui couvraient tout alentour \u2013 chaque gouttelette scintillait d\u2019une lumi\u00e8re int\u00e9rieure. Et \u00e0 certains moments de ma vie, la qualit\u00e9 de cette exp\u00e9rience resurgit soudainement. Ce qui monte en moi alors, c\u2019est comme une transparence, une qualit\u00e9 diaphane, une impression que l\u2019invisible est tr\u00e8s proche de ce qui est visible. J\u2019ai mis beaucoup de temps \u00e0 pouvoir trouver des mots pour exprimer ces exp\u00e9riences inattendues. Il va sans dire qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de quatre ans je n\u2019avais pas encore le langage n\u00e9cessaire, et pourtant l\u2019exp\u00e9rience avait tendance \u00e0 ressurgir avec une telle force qu\u2019elle me r\u00e9veillait, pour ainsi dire. Elle m\u2019\u00e9veillait \u00e0 la vie et me procurait comme la certitude que ce que nous percevons \u2013 la pesanteur du monde dans lequel nous vivons \u2013 ne fournit pas une image compl\u00e8te de la r\u00e9alit\u00e9. Il existe un \u00e9tat de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 derri\u00e8re nos impressions sensorielles, et ceci est reli\u00e9 \u00e0 ma fa\u00e7on de ressentir l\u2019espace, la lumi\u00e8re, le lieu. Depuis beaucoup d\u2019ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0 je me sens attir\u00e9 par les lieux historiques et arch\u00e9ologiques. J\u2019ai eu le bonheur de beaucoup voyager depuis les ann\u00e9es de mon enfance, \u00ab\u00a0tombant\u00a0\u00bb par hasard sur ces endroits remarquables, confront\u00e9 \u00e0 ce sentiment d\u2019\u00eatre en pr\u00e9sence de ce qui ne se manifeste pas aux sens. La certitude que ces exp\u00e9riences m\u2019ont procur\u00e9e a jou\u00e9 un r\u00f4le central dans la configuration de ma biographie. Lors des moments difficiles, o\u00f9 la lourdeur de la vie p\u00e8se sur moi, le souvenir de ces exp\u00e9riences me soutient. Ces exp\u00e9riences m\u2019ont guid\u00e9 vers la profession d\u2019architecte \u2013 initialement dans l\u2019intention de travailler avec l\u2019espace, la lumi\u00e8re et la forme. Au d\u00e9but, c\u2019\u00e9tait quelque chose d\u2019instinctif, mais lorsque j\u2019ai trouv\u00e9 l\u2019anthroposophie, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 comprendre. Rudolf Steiner m\u2019a donn\u00e9 de la confiance\u00a0: je pourrais dor\u00e9navant me laisser guider par ces moments sacr\u00e9s, leur permettre d\u2019int\u00e9grer ma vie professionnelle. Et tout ceci d\u00e9coule de ce tout premier souvenir d\u2019eau, de lumi\u00e8re et de pierre.<\/p>\n<p><strong>Robert <\/strong>: Alors, comment s\u2019est faite votre premi\u00e8re rencontre avec l\u2019anthroposophie?<\/p>\n<p><strong>Bert <\/strong>: Elle est issue du m\u00eame courant d\u2019\u00e9v\u00e9nements. Depuis mes jeunes ann\u00e9es, j\u2019avais \u00ab\u00a0jou\u00e9\u00a0\u00bb avec des imaginations spatiales, donc il \u00e9tait tout \u00e0 fait naturel que je choisisse d\u2019\u00e9tudier l\u2019architecture \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Il s\u2019agissait d\u2019une formation de six ans, p\u00e9riode qui co\u00efncidait avec la guerre du Vietnam. Ma famille avait r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 les \u00c9tats-Unis, et c\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai fr\u00e9quent\u00e9 l\u2019\u00e9cole secondaire et me suis ensuite inscrit \u00e0 la <em>School of Design, Architecture and Art<\/em> \u00e0 Cincinnati, dans l\u2019Ohio. Je me formais donc en architecture avec, en arri\u00e8re-plan, les bouleversements et le chaos social de l\u2019\u00e9poque. Ces ann\u00e9es d\u2019universit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 obscurcies par un sentiment de d\u00e9sint\u00e9gration grandissante aux niveaux politique et social. Je n\u2019arrivais pas \u00e0 trouver ma place au sein de ce que je ressentais comme \u00e9tant un climat universitaire qui ne faisait que refl\u00e9ter la lourdeur et les t\u00e9n\u00e8bres de la culture de l\u2019\u00e9poque. Le principe fondamental de la formation \u2013 principe du reste tr\u00e8s nord-am\u00e9ricain \u2013 \u00e9tait que l\u2019architecte \u00e9tait la diva, le chef d\u2019orchestre qui d\u00e9terminait l\u2019environnement. J\u2019\u00e9tais int\u00e9rieurement mal \u00e0 l\u2019aise devant cet arch\u00e9type de l\u2019architecte-vedette, car il mettait l\u2019accent sur le d\u00e9veloppement de la personnalit\u00e9, en somme du petit moi, de l\u2019\u00e9tudiant. Je me sentais int\u00e9rieurement s\u00fbr quant \u00e0 mon propre chemin, mais me sentais en m\u00eame temps en situation de conflit vis-\u00e0-vis le trouble social partout apparent. Lors de ma troisi\u00e8me ann\u00e9e de formation, j\u2019ai frapp\u00e9 un mur. Je ne savais plus quel chemin prendre pour continuer. Et pendant que je luttais avec ce sentiment d\u2019\u00eatre un \u00e9tranger dans le monde qui m\u2019entourait, un ami tr\u00e8s proche et camarade de classe, m\u2019a pr\u00e9sent\u00e9 une de ses connaissances qui \u00e9tait impliqu\u00e9e \u00e0 fonder ce que je comprenais comme \u00e9tant \u00ab\u00a0une nouvelle \u00e9cole, assez \u00e9trange\u00a0\u00bb qui avait quelque chose \u00e0 voir avec des \u00ab\u00a0esprits\u00a0\u00bb. Cette personne \u00e9tait sur le point de partir pour un endroit appel\u00e9 Spring Valley. Lorsqu\u2019elle est revenue d\u2019un de ces congr\u00e8s, elle m\u2019a dit\u00a0: \u00ab\u00a0Tu sais, Bert, je pense que tu trouverais \u00e0 Spring Valley quelque chose qui pourrait t\u2019int\u00e9resser\u00a0\u00bb. On \u00e9tait alors en 1970, quelques jours avant P\u00e2ques. Suivant sa suggestion, je suis mont\u00e9 avec mon ami Jim Chapman dans sa Corvette d\u00e9capotable \u2013 comme nous le faisions souvent \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u2013 et nous avons mis le cap sur Spring Valley. Nous y avons rencontr\u00e9 Walter Leicht, \u00e0 l\u2019\u00e9poque le seul architecte travaillant \u00e0 partir de l\u2019impulsion de l\u2019anthroposophie sur le continent am\u00e9ricain. Durant ce week-end de P\u00e2ques, nous avons assist\u00e9 \u00e0 une repr\u00e9sentation d\u2019eurythmie donn\u00e9e par les \u00e9l\u00e8ves de la douzi\u00e8me ann\u00e9e de l\u2019\u00e9cole Waldorf. Au milieu de la repr\u00e9sentation, je me suis tourn\u00e9 vers Jim et lui ai chuchot\u00e9 \u00e0 l\u2019oreille\u00a0: \u00ab\u00a0ceci a un lien avec l\u2019architecture!\u00a0\u00bb Il a suffi de ces quelques jours et des rencontres que nous avons faites pour que nous soyons compl\u00e8tement accros! \u00c0 notre retour \u00e0 Cincinnati, nous avons trouv\u00e9 un groupe d\u2019\u00e9tudes \u2013 et le reste appartient \u00e0 l\u2019histoire. Jim a fini par \u00eatre le seul architecte sur la c\u00f4te est travaillant \u00e0 partir de l\u2019impulsion de l\u2019anthroposophie, et moi le seul sur la c\u00f4te ouest.<\/p>\n<p><strong>Robert <\/strong>: Que veut dire\u00a0: \u00eatre un architecte qui travaille \u00e0 partir de l\u2019anthroposophie?<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Untitled.pages.jpeg\" rel=\"attachment wp-att-2789\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter  wp-image-2789\" src=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Untitled.pages-300x51.jpeg\" alt=\"Untitled.pages\" width=\"542\" height=\"92\" srcset=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Untitled.pages-300x51.jpeg 300w, https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Untitled.pages-768x131.jpeg 768w, https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Untitled.pages-1024x174.jpeg 1024w, https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Untitled.pages.jpeg 2005w\" sizes=\"(max-width: 542px) 100vw, 542px\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>Bert <\/strong>: L\u2019anthroposophie a compl\u00e8tement transform\u00e9 ma fa\u00e7on d\u2019\u00eatre en tant qu\u2019architecte. Il a fallu que je recr\u00e9e ma vision de ce que j\u2019avais pens\u00e9 jusque-l\u00e0 par rapport \u00e0 ce que je faisais. Elle m\u2019a donn\u00e9 une confirmation quant \u00e0 mon malaise initial face \u00e0 ma formation \u2013 qui avait mis l\u2019accent sur l\u2019importance de la personnalit\u00e9 de l\u2019architecte. Peu \u00e0 peu, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 me rendre compte que je devais concevoir l\u2019architecture comme faisant partie d\u2019un courant vivant qui \u00e9volue \u00e0 travers le temps. Si je voulais r\u00e9ellement contribuer \u00e0 ce flux mouvant, il fallait d\u2019abord que je le comprenne et en prendre l\u2019engagement personnel solennel. C\u2019\u00e9tait tout \u00e0 fait le contraire de la formation que je recevais et qui prisait surtout ce qui \u00e9manait de la personnalit\u00e9. Quand j\u2019ai eu fini ma formation, je voulais absolument travailler dans une ambiance convenable et aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019un architecte travaillant \u00e0 partir de l\u2019impulsion de l\u2019anthroposophie. Ceci m\u2019a amen\u00e9 jusqu\u2019au village Camphill \u00e0 Copake, dans l\u2019\u00e9tat de New York, o\u00f9 une fois de plus j\u2019ai rencontr\u00e9 un homme remarquable. Il s\u2019agit du peintre Carlo Pietzner, originaire de Vienne, qui avait \u00e9t\u00e9 parmi le cercle original de jeunes autour du Dr Karl K\u00f6nig. Carlo a \u00e9t\u00e9 une influence fondamentale dans ma biographie, me guidant \u00e0 travers les lumi\u00e8res donn\u00e9es par Rudolf Steiner sur la nature des arts\u00a0: tous les arts sont en effet un processus d\u2019\u00e9volution qui est ins\u00e9parablement li\u00e9 \u00e0 notre \u00e9volution en tant qu\u2019\u00eatres humains, une id\u00e9e lumineuse qui m\u2019a donn\u00e9 le point d\u2019ancrage solide dont j\u2019avais besoin. Cette id\u00e9e inspire et impr\u00e8gne mes explorations en anthroposophie depuis presque 50 ans. Mes recherches principales ont \u00e9t\u00e9 dans le domaine de l\u2019\u00e9volution de la conscience, surtout en ce qui concerne les arts. Ceci m\u2019a amen\u00e9 \u00e0 une \u00e9tude \u00e9largie des principaux mythes chez les diff\u00e9rents peuples, et ensuite \u00e0 la recherche des liens entre ces mythologies et les arts, surtout l\u2019architecture. L\u2019architecture est l\u2019objet cr\u00e9\u00e9 par les hommes qui englobe tout et qui laisse une trace, une image, un document qui raconte la cosmologie d\u2019un peuple. Comprendre ces liens est devenu le travail de ma vie et la base de mon travail professionnel. Rudolf Steiner confirme le fait que l\u2019architecture a toujours \u00e9t\u00e9 guid\u00e9e \u00e0 partir des myst\u00e8res dans un but de pr\u00e9parer les \u00eatres humains \u00e0 vivre leur prochaine incarnation. Par cons\u00e9quent, les questions principales qui m\u2019ont guid\u00e9 sont\u00a0: quelles formes, quels espaces devons-nous introduire dans notre monde d\u2019aujourd\u2019hui pour nous aider pour nos incarnations futures. Cet appel de Rudolf Steiner se place carr\u00e9ment \u00e0 l\u2019encontre de notre perception habituelle de l\u2019architecture. L\u2019architecture n\u2019a rien \u00e0 voir avec ce que je veux produire, arbitrairement, en tant qu\u2019artiste. Elle place plut\u00f4t l\u2019architecte devant le d\u00e9fi de se mettre au service de ce qui est n\u00e9cessaire pour l\u2019\u00e9volution humaine. Je ressentais intuitivement que l\u2019approche \u00e9gocentrique \u00e9tait erron\u00e9e, mais c\u2019\u00e9tait le cadeau de Carlo Pietzner et ensuite de Rex Raab, qui s\u2019\u00e9taient profond\u00e9ment p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s de l\u2019impulsion architecturale de Rudolf Steiner, qui m\u2019a aid\u00e9 \u00e0 trouver l\u2019\u00e9toile qui me guide jusqu\u2019\u00e0 ce jour. Apr\u00e8s mon s\u00e9jour \u00e0 Camphill, je suis devenu membre du groupe d\u2019architectes qui s\u2019\u00e9tait form\u00e9 au Coll\u00e8ge Emerson, en Grande-Bretagne. Et c\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai connu Ester, celle qui allait devenir mon \u00e9pouse. Nous sommes venus ensemble \u00e0 Vancouver, o\u00f9 nous avons \u00e9lev\u00e9 nos enfants et o\u00f9 j\u2019ai ouvert mon bureau d\u2019architecte en 1977.<\/p>\n<p><strong>Robert <\/strong>: Il est tout \u00e0 fait remarquable de constater comment l\u2019anthroposophie transforme une profession, rendant la profession \u00e0 elle-m\u00eame, mais d\u2019une forme nouvelle, une forme qui met l\u2019accent sur son r\u00f4le de service \u00e0 l\u2019humanit\u00e9\u00a0: chaque profession devient alors un chemin vers un \u00e9veil spirituel pour celui qui la pratique.<\/p>\n<p><strong>Bert <\/strong>: Oui, je ne peux pas imaginer ce qu\u2019aurait \u00e9t\u00e9 ma vie sans la suite d\u2019\u00e9v\u00e9nements critiques (\u00ab\u00a0accidents!\u00a0\u00bb) qui m\u2019ont guid\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019anthroposophie. Le fait d\u2019avoir eu le privil\u00e8ge de rencontrer <em>r\u00e9ellement <\/em>l\u2019anthroposophie a confirm\u00e9 ma vie et lui a donn\u00e9 une direction. Mais, bien s\u00fbr, pour que cette rencontre v\u00e9ritable puisse avoir lieu, nous devons accueillir l\u2019anthroposophie en nous. La question devient alors\u00a0: quels sont les obstacles qui emp\u00eachent cette exp\u00e9rience \u2013 non pas seulement pour moi-m\u00eame, mais aussi pour les autres? Nous h\u00e9sitons souvent \u00e0 partager avec d\u2019autres notre propre lien intime avec l\u2019anthroposophie. Nous sommes h\u00e9sitants, protecteurs en ce qui concerne toute r\u00e9v\u00e9lation de quelque chose de si intime, tellement li\u00e9 au fil sacr\u00e9 de notre biographie. Nous sommes sur nos gardes par rapport aux critiques possibles et au jugement des autres \u2013 qui sont effectivement des r\u00e9actions omnipr\u00e9sentes \u00e0 notre \u00e9poque, o\u00f9 l\u2019on cultive la croyance fondamentale que seul peut \u00eatre r\u00e9el ce qui a un poids et une solidit\u00e9 physiques. Tout ce qui tend \u00e0 \u00e9veiller un sentiment pour quelque chose qui existerait au-del\u00e0 de cette pesanteur est imm\u00e9diatement vu comme \u00e9tant suspect. Ce doute, cet obstacle qui barre le chemin aux exp\u00e9riences d\u00e9licates, raffin\u00e9es, subtiles, sape notre essence humaine. Par contre, en tant qu\u2019anthroposophes, nous avons connu l\u2019exp\u00e9rience d\u2019avoir rencontr\u00e9 quelque chose de profond. Mais en m\u00eame temps nous nous trouvons confront\u00e9s \u00e0 un monde dans lequel nos exp\u00e9riences d\u2019\u00e2me peuvent \u00eatre d\u00e9rangeantes pour les \u00eatres autour de nous. On nous a appris que ce qui a du pois, ce qui est perceptible est ce qui nous procure confort et s\u00e9curit\u00e9, et semble fournir un sol ferme sur lequel nous pouvons nous tenir. En m\u00eame temps, cela \u00e9touffe notre humanit\u00e9. Voici la situation que nous vivons dans notre monde contemporain. La possibilit\u00e9 pour l\u2019anthroposophie de p\u00e9n\u00e9trer dans notre monde a \u00e9t\u00e9 limit\u00e9e d\u2019une part par notre h\u00e9sitation \u00e0 la partager et d\u2019autre part par la conception courante de la r\u00e9alit\u00e9. Un individu tend \u00e0 trouver l\u2019anthroposophie en suivant ses intuitions. Dans ma propre vie, ces pressentiments \u00e9taient l\u00e0 en premier. En fait, beaucoup de personnes vivent ces m\u00eames intuitions. Nous faisons l\u2019exp\u00e9rience dans notre inconscient de quelque chose que notre esprit conscient a appris \u00e0 ne pas consid\u00e9rer comme r\u00e9el. Beaucoup d\u2019\u00eatres humains vivent actuellement un \u00e9veil, un pressentiment de l\u2019existence de quelque chose qui n\u2019est pas mat\u00e9riel, mais ne savent pas quoi faire de ces exp\u00e9riences. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la nature de notre condition actuelle o\u00f9 nous vivons l\u2019exp\u00e9rience du seuil. Ceux d\u2019entre nous qui avons eu le privil\u00e8ge de trouver le chemin vers l\u2019anthroposophie, vers la science de l\u2019esprit, nous devons comprendre cette situation. Notre civilisation s\u2019approche du moment d\u2019ouverture o\u00f9 la possibilit\u00e9 d\u2019entendre ces appels augmentera. Le si\u00e8cle qui vient de terminer nous a pr\u00e9par\u00e9s d\u2019une certaine mani\u00e8re \u00e0 rencontrer cette ouverture pour l\u2019humanit\u00e9. Nous nous trouvons \u00e0 un point critique. Est-ce que nous entraverons ou favoriserons la possibilit\u00e9 que l\u2019anthroposophie satisfasse les besoins d\u2019\u00e2me que ressentent tellement de nos semblables? Ces besoins ont toujours exist\u00e9, mais ils deviennent de plus en plus urgents. Dans un certain sens, nous pouvons dire que notre civilisation n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 capable d\u2019entendre la voix de l\u2019anthroposophie.<\/p>\n<p><strong>Robert <\/strong>: \u00c9tant donn\u00e9 que nous nous trouvons devant ce tournant, est-ce que le r\u00f4le de la Soci\u00e9t\u00e9 anthroposophique a besoin de changer? Qu\u2019est-ce que la Soci\u00e9t\u00e9 devrait faire de plus \u2013 ou de moins!?<\/p>\n<p><strong>Bert <\/strong>: Voil\u00e0 une question fort difficile, en partie \u00e0 cause de l\u2019utilisation du mot \u00abdevrait.\u00a0\u00bb Pouvons-nous \u00e9liminer ce mot de notre fa\u00e7on de parler? Car il laisse entendre que nous <em>savons<\/em>, que nous avons des r\u00e9ponses. Croyons-nous r\u00e9ellement avoir des r\u00e9ponses? Qu\u2019est-ce que nous esp\u00e9rons? Le langage que nous utilisons forme notre fa\u00e7on de penser et nos possibilit\u00e9s de former des images. Nous sommes en plein dans la pr\u00e9paration des c\u00e9l\u00e9brations pr\u00e9vues pour les 100 ans de ce que les impulsions de Rudolf Steiner ont sem\u00e9 pour la culture de notre \u00e9poque. En r\u00e9alit\u00e9, un si\u00e8cle est une construction arbitraire. Mais \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un si\u00e8cle se cache le rythme remarquable de trois fois\u00a033 1\/3 ans, qui lui n\u2019est pas du tout arbitraire, mais qui nous lie \u00e0 l\u2019\u00eatre central de l\u2019\u00e9volution. Depuis ces cent ans, des individus et des cercles d\u2019individus sont \u00e0 la recherche de cet \u00eatre \u00e0 travers tout ce qu\u2019a initi\u00e9 Rudolf Steiner. C\u2019est comme si ce temps \u00e0 servi \u00e0 notre apprentissage, une formation visant \u00e0 nous permettre d\u2019int\u00e9grer l\u2019anthroposophie dans nos vies. Ce n\u2019est plus une question de la penser seulement, ni de la ressentir seulement, mais de \u00ab\u00a0devenir un\u00a0\u00bb avec l\u2019anthroposophie. Je crois que nous en sommes arriv\u00e9s au point o\u00f9 nous sommes appel\u00e9s \u00e0 renouveler notre initiative personnelle, forts de cette centaine d\u2019ann\u00e9es de pr\u00e9paration. L\u2019espoir qui m\u2019anime, ce serait que nous puissions r\u00e9ellement trouver le langage dont notre \u00e9poque contemporaine a besoin \u2013 trouver le langage qui peut servir d\u2019invitation, de porte d\u2019entr\u00e9e, de pont pour nos contemporains qui sont en qu\u00eate de quelque chose. Lorsque je r\u00e9fl\u00e9chis \u00e0 ce qui a \u00e9t\u00e9 mon pont personnel vers l\u2019anthroposophie, vers mon lien avec Rudolf Steiner, je me rends compte que cela \u00e0 toujours \u00e9t\u00e9 des rencontres personnelles avec des individus remarquables. J\u2019ai espoir que nous pouvons apprendre \u00e0 entretenir de telles conversations avec ceux qui vivent l\u2019imminence d\u2019une perc\u00e9e au niveau de la culture. Si nous voulons \u00eatre tout \u00e0 fait honn\u00eates avec nous-m\u00eames, nous devons avouer qu\u2019il existe des centaines de milliers d\u2019\u00eatres humains qui ressentent cette urgence. Ils se sont tourn\u00e9s vers d\u2019innombrables mouvements pour tenter de comprendre ces exp\u00e9riences. Je suis d\u2019avis que nous poss\u00e9dons quelque chose d\u2019unique qui saura parler \u00e0 cette aspiration \u2013 non pas avec des r\u00e9ponses, mais plut\u00f4t avec de la chaleur humaine, avec un v\u00e9ritable int\u00e9r\u00eat, avec compr\u00e9hension. Si nous devenons de v\u00e9ritables acteurs dans tous les domaines de la vie humaine, si nous contribuons r\u00e9ellement, nous pouvons appr\u00e9hender et rencontrer ce qui se passe vraiment \u00e0 notre \u00e9poque. Les exemples sont sans nombre. On n\u2019a qu\u2019\u00e0 consid\u00e9rer le mouvement \u00e9cologique et songer \u00e0 tout ce que la voix de l\u2019anthroposophie pourrait dire sur les raisons pour lesquelles les gens commencent \u00e0 ressentir la souffrance de la terre. Il y a un sentiment intuitif qui sous-tend le mouvement \u00e9cologique, un sentiment que l\u2019anthroposophie pourrait amener au niveau de la conscience et donner en m\u00eame temps une s\u00fbret\u00e9 en apportant le moyen de comprendre la nature m\u00eame de ce sentiment obscur. Ce que j\u2019esp\u00e8re pour notre Soci\u00e9t\u00e9 anthroposophique et pour ses membres, c\u2019est que nous trouvions le courage de parler et de chercher o\u00f9 nous pouvons contribuer en dehors de nos cercles intimes. Mais il est bien s\u00fbr tr\u00e8s important que nous nous parlions entre nous, car c\u2019est l\u00e0 que nous pratiquons ce nouveau langage. Entre nous, nous pouvons nous exercer \u00e0 d\u00e9velopper une sensibilit\u00e9 \u00e0 la vie d\u2019\u00e2me de l\u2019autre pour apprendre \u00e0 ne pas violer l\u2019espace intime et sacr\u00e9 de l\u2019autre. Si nous n\u2019arrivons pas \u00e0 faire cela entre nous qui partageons un terrain commun, comment pourrions-nous esp\u00e9rer le faire avec des gens avec qui nous ne partageons pas ce terrain commun. La grande occasion que la vie au sein de la Soci\u00e9t\u00e9 anthroposophique nous fournit, pourvu que nous en soyons conscients, c\u2019est que nous avons la possibilit\u00e9 dans nos cercles de travailler \u00e0 d\u00e9velopper la sensibilit\u00e9 qui nous permet de rencontrer r\u00e9ellement, et d\u2019\u00eatre r\u00e9ellement avec, ceux qui partage notre aspiration, mais qui parlent un autre langage, ou qui poss\u00e8dent une imagination autre que la notre. Il y a tellement d\u2019\u00eatres humains qui cherchent une transformation de la culture. En tant que porteurs de l\u2019anthroposophie, nous avons une contribution toute particuli\u00e8re \u00e0 faire en vue de cette transformation.<\/p>\n<p><strong>Robert <\/strong>: Voil\u00e0 une tr\u00e8s belle image de la Soci\u00e9t\u00e9 anthroposophique comme environnement d\u2019apprentissage et comme communaut\u00e9, mais une communaut\u00e9 qui, \u00e0 partir de ce qui est appris \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ses cercles, se tourne vers le monde ext\u00e9rieur pour offrir ses ressources \u00e0 tous les \u00eatres humains.<\/p>\n<p><strong>Bert <\/strong>: Nous avons g\u00e9n\u00e9ralement h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 le faire. Je pense que cela a \u00e0 voir avec un sentiment de ne pas \u00eatre \u00e0 la hauteur, que nous ne sommes pas pr\u00eats, que nous n\u2019avons pas encore fini notre p\u00e9riode d\u2019apprentissage. Mais, pr\u00eats ou non, nous sommes arriv\u00e9s au moment o\u00f9 nous sommes appel\u00e9s \u00e0 assumer la responsabilit\u00e9 pour ce que nous avons re\u00e7u. Cela s\u2019appelle une pratique, et avec raison, et lorsqu\u2019il le faut, le monde nous corrigera.<\/p>\n<p><strong>Robert <\/strong>: Vous \u00eates impliqu\u00e9 au niveau de l\u2019\u00c9cole de Science de l\u2019Esprit et du travail avec les le\u00e7ons de la premi\u00e8re classe. Comment s\u2019est fait votre d\u00e9but dans ce travail et comment vivez-vous votre t\u00e2che de lecteur de Classe?<\/p>\n<p><strong>Bert <\/strong>: \u00c0 bien y r\u00e9fl\u00e9chir, le chemin vers la Classe a commenc\u00e9 pour moi d\u00e8s l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue dans mon enfance dont j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 \u2013 le fort sentiment de deux mondes qui s\u2019entre-p\u00e9n\u00e8trent. Je suis devenu membre de la Soci\u00e9t\u00e9 lors de mon s\u00e9jour en Angleterre; l\u00e0 mon introduction \u00e0 la connaissance anthroposophique a \u00e9t\u00e9 fructueuse, favoris\u00e9e par l\u2019environnement de toute une communaut\u00e9 bien install\u00e9e. Et puis, voil\u00e0 qu\u2019est venu le moment o\u00f9 je me suis rendu compte que je ne pouvais plus vivre en recevant seulement, qu\u2019il fallait que j\u2019assume une responsabilit\u00e9 quelconque. C\u2019\u00e9tait \u00e0 partir de ce sentiment d\u2019un revirement int\u00e9rieur que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 me tourner vers l\u2019\u00c9cole. Je connaissais l\u2019existence de l\u2019\u00c9cole sans en savoir grand-chose. Je n\u2019en avais pas une image claire. Mais \u00e0 mesure que croissait en moi ce besoin de redonner quelque chose \u00e0 la communaut\u00e9, l\u2019importance de l\u2019\u00c9cole s\u2019imposait. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 re\u00e7u membre de l\u2019\u00c9cole et ai particip\u00e9 activement \u00e0 la Classe pendant plusieurs ann\u00e9es. Et puis, voil\u00e0 qu\u2019est survenu un de ces \u00e9v\u00e9nements biographiques qui nous arrivent sans qu\u2019on s\u2019y attende, sans qu\u2019on y ait m\u00eame r\u00e9fl\u00e9chi auparavant. On m\u2019a demand\u00e9 si j\u2019accepterai d\u2019assumer la t\u00e2che de lecteur de Classe. Il arrive que les r\u00e9flexions et consultations au sujet d\u2019un candidat pour assumer la t\u00e2che de lecture puissent s\u2019\u00e9tirer sur de longues p\u00e9riodes, m\u00eame pendant des ann\u00e9es, et toujours \u00e0 l\u2019insu du candidat. En ce qui me concerne, la demande m\u2019a pris compl\u00e8tement par surprise. Lors d\u2019un congr\u00e8s auquel j\u2019assistais, Virginia Sease est venue me parler en priv\u00e9 pour me demander si j\u2019accepterais d\u2019assumer la t\u00e2che de lecteur de classe. Ma premi\u00e8re r\u00e9action a \u00e9t\u00e9, bien s\u00fbr\u00a0: \u00ab\u00a0Mais, vous vous \u00eates tromp\u00e9e de personne!\u00a0\u00bb Ensuite, \u00e0 mesure que la question s\u2019est mise \u00e0 mijoter dans ma t\u00eate, je me suis rendu compte que cela aurait des cons\u00e9quences au niveau des rapports avec mes proches et qu\u2019il fallait que je r\u00e9fl\u00e9chisse \u00e0 chacun de ces cas individuellement. Il m\u2019est apparu peu \u00e0 peu que depuis<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Robert : Pourriez-vous nous dresser un portrait de votre enfance et de votre jeunesse? Est-ce qu\u2019il y a eu des \u00e9v\u00e9nements marquants qui ont pr\u00e9par\u00e9 votre rencontre avec l\u2019anthroposophie? Bert : Je suis n\u00e9 aux \u00c9tats-Unis, dans une petite ville du Missouri. 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