{"id":5372,"date":"2019-09-13T16:58:54","date_gmt":"2019-09-13T20:58:54","guid":{"rendered":"https:\/\/anthroposophy.ca\/?p=5372"},"modified":"2019-10-25T10:16:24","modified_gmt":"2019-10-25T14:16:24","slug":"when-manicheism-and-anthroposophy-look-to-the-future-michel-dongois","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/when-manicheism-and-anthroposophy-look-to-the-future-michel-dongois\/","title":{"rendered":"When Manicheism and Anthroposophy look to the future   &#8211;   Michel Dongois"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_5370\" style=\"width: 250px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/IMG_4311-1.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-5370\" class=\"wp-image-5370 size-medium\" src=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/IMG_4311-1-240x300.jpg\" alt=\"\" width=\"240\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/IMG_4311-1-240x300.jpg 240w, https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/IMG_4311-1.jpg 409w\" sizes=\"(max-width: 240px) 100vw, 240px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-5370\" class=\"wp-caption-text\">Christine Gruwez<\/p><\/div>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><em><strong>Devenir contemporain : peut-on transformer le mal ?<\/strong> <\/em><\/span>Cette question de Christine Gruwez*, invit\u00e9e \u00e0 Montr\u00e9al par Arie van Ameringen et Ren\u00e9e Cossette, a nourri une r\u00e9flexion sur le manich\u00e9isme. Environ 70 personnes r\u00e9unies \u00e0 l\u2019\u00c9cole Rudolf Steiner de Montr\u00e9al le vendredi 17 mai dernier ont amorc\u00e9 des \u00e9changes qui se sont poursuivis durant la fin de semaine consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale annuelle de la Soci\u00e9t\u00e9 anthroposophique au Canada. Devenir contemporain, c\u2019est apprendre \u00e0 se situer face au bien et au mal dans la vie quotidienne, indique Christine Gruwez. L\u2019enseignement de Mani (216-276) sur la lumi\u00e8re et les t\u00e9n\u00e8bres peut nous y aider. Entrevue.<\/p>\n<p><strong>D\u2019o\u00f9 vient votre int\u00e9r\u00eat pour le manich\u00e9isme ?<\/strong><\/p>\n<p>De l\u2019\u00e9tude des langues iraniennes anciennes \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 catholique de Louvain, en Belgique, dans les ann\u00e9es 1970. Lire des textes manich\u00e9ens, r\u00e9dig\u00e9s notamment en moyen perse, me touchait beaucoup, sans que je sache en quoi consistait mon \u00e9motion. La parution, en 1993, du livre <em>Comment sauver l\u2019\u00e2me<\/em>de Bernard Lievegoed, qui a renouvel\u00e9 le contact avec l\u2019impulsion manich\u00e9enne, a r\u00e9veill\u00e9 cette \u00e9motion. Avec deux amis, John van Schaik et Roland van Vliet, nous avons d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00e9tudier en profondeur le manich\u00e9isme.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de 1995, nous avons organis\u00e9 des conf\u00e9rences et des groupes de travail aux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne. Nous avons entrepris en 2006 un grand voyage le long de la route de la soie pour visiter divers lieux manich\u00e9ens, dontPendjikentet Samarcande. N\u00e9 en Perse au IIIe si\u00e8cle, le manich\u00e9isme historique s\u2019est incarn\u00e9 pendant un mill\u00e9naire environ. Il a \u00e9t\u00e9 religion d\u2019\u00c9tat chez les ou\u00efgours.<\/p>\n<p><strong>Parlez-vous farsi ?<\/strong><\/p>\n<p>Oui. Cette langue tr\u00e8s transparente et claire s\u2019\u00e9crit avec l\u2019alphabet arabe. Pour la rendre, on y ajoute quatre lettres, puisqu\u2019en arabe, langue s\u00e9mitique, les consonnes sont de premi\u00e8re importance; en persan moderne, ce sont les voyelles. \u00c0 partir de 2002, j\u2019ai fait de fr\u00e9quents voyages en Iran, le dernier datant d&rsquo;octobre 2018.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi Rudolf Steiner, qui a tant \u00e9voqu\u00e9 Ahriman, Lucifer et le Christ, est-il si discret avec Mani ?<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 deux reprises il a exprim\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9sol\u00e9 de ne pouvoir en dire davantage au sujet de Mani, mais il n\u2019a pas dit pourquoi ! Il \u00e9voque \u00ab l\u2019intention du manich\u00e9isme \u00bb, pour l\u2019avenir, dans une conf\u00e9rence (11 novembre 1904), la seule qu\u2019il ait donn\u00e9e sur le manich\u00e9isme.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Quelle est la t\u00e2che de Mani ?<\/strong><\/p>\n<p>Guider ceux qui ont entrepris de transformer le mal. Mani a son courant propre dans l\u2019\u00e9volution et va accompagner l\u2019humanit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la fin des temps. Il pr\u00e9pare le moment o\u00f9 les humains de la 6e \u00e9poque seront guid\u00e9s \u00e0 partir de leur propre \u00eatre, de la lumi\u00e8re de leur propre \u00e2me, pour surmonter les formes ext\u00e9rieures et les transformer en esprit, selon Rudolf Steiner.<\/p>\n<div id=\"attachment_5369\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Sceau-Mani.jpg\"><img decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-5369\" class=\"wp-image-5369 size-medium\" src=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Sceau-Mani-300x291.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"291\" srcset=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Sceau-Mani-300x291.jpg 300w, https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Sceau-Mani-768x745.jpg 768w, https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Sceau-Mani-1024x994.jpg 1024w, https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Sceau-Mani.jpg 1280w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-5369\" class=\"wp-caption-text\">Le sceau de Mani, l\u2019un des seuls objets tangibles ayant appartenu \u00e0 Mani, que l\u2019on voit entour\u00e9 de deux de ses proches. Grav\u00e9 sur le bord du sceau, le texte commence en bas \u00e0 droite et court autour du sceau sur le bord ext\u00e9rieur. L\u2019inscription, en langue et \u00e9criture aram\u00e9enne, se lit de droite \u00e0 gauche : M\u2019ny sh\u2019liha d-Yso M\u2019shiha &#8211; Mani, envoy\u00e9 de Isa Messiah (J\u00e9sus-Christ). (photo Christine Gruwez).<\/p><\/div>\n<p>Ce dernier parle de Mani comme d\u2019un \u00ab envoy\u00e9 \u00bb, haut ambassadeur du Christ. C\u2019est l\u00e0 en somme un titre spirituel, \u00e9crit en aram\u00e9en sur un cachet en cristal que Mani portait sur lui. Ce cachet, ou sceau, se trouve \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale de Paris. J\u2019ai eu le privil\u00e8ge de le regarder (il n\u2019est pas expos\u00e9) et surtout, de le prendre en main.<\/p>\n<p><strong>Que dit le r\u00e9cit manich\u00e9en de la cr\u00e9ation ?<\/strong><\/p>\n<p>Que les royaumes (\u00e9tats spirituels) de la lumi\u00e8re et des t\u00e9n\u00e8bres, coexistants, co-\u00e9ternels et consubstantiels, ont tous deux la possibilit\u00e9 de cr\u00e9er. Leur substance est \u00e9gale, leur nature oppos\u00e9e.<\/p>\n<p>Au royaume de lumi\u00e8re, un \u00eatre se s\u00e9pare de ce qui l\u2019entoure, car il veut contempler sa propre lumi\u00e8re, ce qui interrompt le flux lumineux. C\u2019est le d\u00e9but de l\u2019obscurit\u00e9. Les premiers \u00e0 vivre un \u00e9veil spirituel sont les \u00eatres des t\u00e9n\u00e8bres, par le contraste de la lumi\u00e8re. Ils veulent attaquer le royaume de la lumi\u00e8re, qui continue \u00e0 dormir, pour s\u2019en emparer. Devant l\u2019urgence, les \u00eatres de lumi\u00e8re s\u2019\u00e9veillent. Nous sommes lumi\u00e8re, se disent-ils, et si nous ripostons, alors nous ne sommes plus lumi\u00e8re; en attaquant \u00e0 notre tour, nous deviendrions t\u00e9n\u00e8bres.<\/p>\n<p>Au lieu de punir les t\u00e9n\u00e8bres, le royaume de la lumi\u00e8re envoie alors un \u00eatre de lumi\u00e8re qui choisit de se livrer librement aux t\u00e9n\u00e8bres. Il est d\u00e9chiquet\u00e9, car chacun veut en tirer pour lui-m\u00eame une \u00e9tincelle de lumi\u00e8re. Les \u00eatres des t\u00e9n\u00e8bres absorbent cette \u00e9tincelle, s\u2019\u00e9veillant ainsi \u00e0 la lumi\u00e8re, qui commence \u00e0 agir en eux de l\u2019int\u00e9rieur. D\u2019o\u00f9 un troisi\u00e8me principe, l\u2019\u00e9tat de m\u00e9lange, \u00e0 partir duquel la cr\u00e9ation commence.<\/p>\n<p><strong>Et quelle est la le\u00e7on de l\u2019histoire ?<\/strong><\/p>\n<p>Que la lumi\u00e8re vainc les t\u00e9n\u00e8bres non par la punition, mais par la douceur, la cl\u00e9mence, la bienveillance, sentiments que recouvre le terme allemand <em>Milde<\/em>. Non en r\u00e9sistant au mal donc, mais en s\u2019unissant \u00e0 lui. Le mal ne peut se lib\u00e9rer lui-m\u00eame, c\u2019est \u00e0 nous de le faire librement.<\/p>\n<p>Pour l\u2019instant, le peu de compr\u00e9hension envers la vie spirituelle nuit \u00e0 l\u2019action de Mani. D\u2019apr\u00e8s les propos de Rudolf Steiner rapport\u00e9s par Ehrenfried Pfeiffer, un anthroposophe de la premi\u00e8re heure, il faudrait, pour faciliter son incarnation, disposer d\u2019une \u00e9cole Waldorf o\u00f9 Mani pourrait se former et pouvoir compter sur un d\u00e9but de tripartition sociale.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Le manich\u00e9isme est-il destin\u00e9 \u00e0 prendre le relais de la spiritualit\u00e9 jud\u00e9o-chr\u00e9tienne ?<\/strong><\/p>\n<p>Non, Rudolf Steiner ne le consid\u00e8re pas comme une religion. Il s\u2019agit, pour les manich\u00e9ens de l\u2019avenir, de pr\u00e9parer une forme dans laquelle la vie christique pourra se couler. Cela vaudra certes pour la 6e \u00e9poque, mais il faut la pr\u00e9parer d\u00e8s maintenant. En r\u00e9sultera non une nouvelle religion, mais ce que Rudolf Steiner comprend comme \u00e9tant le <em>vrai <\/em>christianisme. Il d\u00e9passera la religion et contiendra toutes les religions qui se transformeront. C\u2019est le r\u00e8gne du Saint Esprit.<\/p>\n<p>Le manich\u00e9isme historique, selon Rudolf Steiner, est le pr\u00e9curseur d\u2019une nouvelle fa\u00e7on de se relier au bien et au mal et nous devons utiliser pour l\u2019avenir ce qu\u2019il a initi\u00e9 dans l\u2019\u00e9volution. On pense souvent que le mal est \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de soi. Or, prendre conscience qu\u2019il se trouve aussi en soi, c\u2019est faire un pas important. Le bien en moi peut alors rencontrer le mal, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur comme \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, avec douceur et bienveillance. Le bien qui pardonne au mal devient un plus grand bien; la lumi\u00e8re qui traverse les t\u00e9n\u00e8bres devient une lumi\u00e8re autre.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce au juste que le Mal ?<\/strong><\/p>\n<p>Un processus provenant d\u2019\u00eatres spirituels (Lucifer, Ahriman, les Asouras), et non pas d\u2019\u00eatres qui ont chut\u00e9. Rudolf Steiner le dit de fa\u00e7on nouvelle et radicale :<\/p>\n<p>1-Le mal a \u00e9t\u00e9 voulu dans la cr\u00e9ation, il n\u2019est pas accidentel;<\/p>\n<p>2-Les \u00eatres spirituels par qui le mal trouve sa place dans l\u2019\u00e9volution ne perdent pas leur nature spirituelle. Le mal provient d\u2019\u00eatres de haut rang qui se manifestent pour permettre \u00e0 l\u2019homme de cultiver la libert\u00e9, le choix. Nous sommes int\u00e9ressants pour les forces du Mal,car nous pouvons cultiver la libert\u00e9 dont les Anges sont exclus. Un acte de libert\u00e9 de l\u2019homme int\u00e9resse au plus haut point le monde spirituel.<strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Quelles sont les intentions des forces adverses ?<\/strong><\/p>\n<p>-Lucifer veut nous faire comprendre qu\u2019on est plus avanc\u00e9 que les autres. Il nous fait plus grands que nous-m\u00eames, nous fait croire que nous sommes d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9s;<\/p>\n<p>-Ahriman veut nous convaincre que nous ne sommes que des \u00eatres mat\u00e9riels. Nous coupant des forces spirituelles, il amoindrit l\u2019\u00eatre humain. La peur, son arme favorite, nous bloque l\u2019acc\u00e8s \u00e0 notre \u00eatre essentiel;<\/p>\n<p>-Les Asouras, \u00eatres spirituels qui ont pr\u00e9par\u00e9 leur actionsur l\u2019Ancien Saturne, ont la r\u00e9alit\u00e9 virtuelle pour champ d\u2019action. Impossible de se les repr\u00e9senter, car ils n\u2019ont pas de face, seulement un masque et derri\u00e8re, le vide. Ils veulent nous enlever la possibilit\u00e9 de nous individualiser et rendre les \u00eatres interchangeables. Ils s\u2019attaquent au <em>JE<\/em>.<\/p>\n<p>Rudolf Steiner a montr\u00e9 comment Lucifer et Ahriman travaillent ensemble, par l\u2019interaction du principe de vie et du principe de forme. La vie, avec toutes les potentialit\u00e9s dont dispose chaque \u00eatre humain \u00e0 sa naissance. Et la forme, qui limite et offre des r\u00e9sistances, afin de permettre \u00e0 la potentialit\u00e9 de se r\u00e9aliser. Quand le principe de forme devient trop contraignant par exemple, il nous suffoque; quant au principe de vie qui s\u2019\u00e9panouit sans retenue, il ne b\u00e2tit rien.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi tant parler du Mal aujourd\u2019hui ?<\/strong><\/p>\n<p>Chaque grande \u00e9poque culturelle porte un principe d\u2019initiation, d\u2019o\u00f9 peut jaillir le potentiel cr\u00e9ateur de l\u2019\u00e9poque. Si le myst\u00e8re de la Mort concernait la quatri\u00e8me \u00e9poque, celui du Mal s\u2019applique \u00e0 notre temps (Rudolf Steiner, 26 octobre 1918). Se confronter au myst\u00e8re du Mal constitue un chemin d\u2019initiation moderne, \u00e0 l\u2019\u00e8re de l\u2019\u00e2me de conscience. Le bien et le mal travaillent d\u00e9sormais ensemble (Rudolf Steiner, 11 novembre 1904).<\/p>\n<p>Les forces du mal oeuvraient jadis de l\u2019ext\u00e9rieur, mais une extension s\u2019est op\u00e9r\u00e9e : elles travaillent dor\u00e9navant aussi \u00e0 partir de chacun de nous. Nous avons ainsi \u00e0 notre disposition la <em>possibilit\u00e9 (Neigung<\/em>, en allemand<em>, inclination) <\/em>de commettre le mal et de faire le bien. Quand on fait le bien, on pourrait aussi faire le mal. Il y a l\u00e0 un germe de libert\u00e9 future, le choix d\u00e9pendant de notre libert\u00e9 naissante. Rudolf Steiner (25 juin 1908, Apocalypse de Jean) voit comme une \u00e9p\u00e9e \u00e0 double tranchant ce <em>JE<\/em>humain qui peut dire oui et non. Dire oui, alors qu\u2019il avait la possibilit\u00e9 de dire non, et vice versa.<strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>O\u00f9 r\u00e9side la source de l\u2019accroissement du Mal dans le monde ?<\/strong><\/p>\n<p>Dans le<em>JE<\/em>humain pr\u00e9cis\u00e9ment. Motiv\u00e9 par l\u2019\u00e9go\u00efsme et les int\u00e9r\u00eats personnels, il peut refuser un espace \u00e0 l\u2019autre <em>JE<\/em>, privil\u00e9giant sa propre satisfaction aux d\u00e9pens des circonstances de vie d\u2019un autre <em>JE<\/em>. Or, il s\u2019agit d\u2019int\u00e9grer plut\u00f4t que d\u2019exclure, de transcender le dualisme (<em>ou\/ou)<\/em>pour fonder sa conscience sur l\u2019inclusion (<em>et\/et<\/em>).<\/p>\n<p>On doit \u00e0 Ita Wegman l\u2019expression \u00ab entrer dans la peau du dragon \u00bb, pour illustrer la n\u00e9cessit\u00e9 nouvelle de s\u2019unir au mal, sans faire le mal. Avec l\u2019\u00e2me de conscience, je porte en moi toute tendance au mal et au bien. <em>Pourquoi est-ce que je porte aussi en moi le potentiel du mal ? <\/em>Cette question remplace pour notre temps l\u2019antique interrogation de Job :<em>Pourquoi ce malheur m\u2019arrive-t-il \u00e0 moi ?<\/em><\/p>\n<p><strong>Quelles sont les \u00e9tapes sur le chemin d\u2019initiation face au Mal ?<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est un processus en cinq temps, pas forc\u00e9ment successifs. Face \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement qui nous choque, par exemple :<\/p>\n<p>1-Nous sommes spectateurs, impuissants, comme paralys\u00e9s et incapables de retrouver le contact avec notre volont\u00e9;<\/p>\n<p>2-Nous l\u2019accueillons silencieusement et activement, nous l\u2019int\u00e9riorisons;<\/p>\n<p>3-Nous lui sommes pr\u00e9sents, nous nous sentons parties prenantes;<\/p>\n<p>4-Nous devenons t\u00e9moins, rencontrant aussi en nous la souffrance du mal. Le mal souffre et fait souffrir, car il ne peut se d\u00e9livrer lui-m\u00eame. D\u2019o\u00f9 un travail de transformation.<\/p>\n<p>5-Nous devenons contemporains en exer\u00e7ant la pr\u00e9sence d\u2019esprit, en restant \u00e9veill\u00e9s, un peu comme lorsque nous veillons une personne en fin de vie. Pas juste un \u00e9veil \u00e9motif, mais un \u00e9tat de conscience que je fais durer par mes propres efforts.<\/p>\n<p>Si je vais au bout de l\u2019impuissance, je sens que quelque chose me porte. Je ne suis pas seul, le Christ porte pour nous le poids de l\u2019humanit\u00e9. Dot\u00e9 de la possibilit\u00e9, et de la libert\u00e9, de commettre le mal et de commettre le bien, je deviens humain en \u00e9tant contemporain.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce que \u00e7a signifie au quotidien ?<\/strong><\/p>\n<p>Ce qui compte, ce sont les petits gestes de la vie de tous les jours faits dans la discr\u00e9tion, pour racheter le mal. Vous \u00eates assis en avion par exemple, et une place est libre pr\u00e8s de vous. Vous voyez s\u2019approcher les passagers et vous vous dites : Ah ! non, pas lui, pas elle ! Cette r\u00e9action naturelle, que je porte en moi, je prends conscience qu\u2019elle repr\u00e9sente aussi la possibilit\u00e9 du mal.<\/p>\n<p>Par ailleurs, celui qui exclut s\u2019exclut lui-m\u00eame. Posons-nous la question devant un acte mauvais qui nous heurte : ne serais-je pas, moi aussi, capable de commettre un tel acte ? L\u00e0 peut commencer le pardon. Sergue\u00ef O. Prokofieff** (dans <em>Le pardon : sa dimension occulte<\/em>) a montr\u00e9 comment le pardon lib\u00e8re le karma des cons\u00e9quences de l\u2019acte et affecte aussi les anges qui tissent les liens karmiques. Pardonner, c\u2019est assumer soi-m\u00eame une partie du travail de l\u2019ange.<\/p>\n<p><strong>Comment concilier d\u00e9veloppement personnel et int\u00e9r\u00eat pour l\u2019autre?<\/strong><\/p>\n<p>En commen\u00e7ant \u00e0 se pr\u00e9occuper de ceux qui sont \u00e0 la tra\u00eene, en arri\u00e8re, sans toujours regarder ceux qui sont devant nous, en avance. Ne pas seulement se mettre au service de l\u2019autre par d\u00e9vouement,ce qu\u2019il faut faire \u00e9videmment, mais aller jusqu\u2019au point o\u00f9 je d\u00e9cide au besoin de retarder mon propre d\u00e9veloppement pour lui permettre d\u2019avancer. Suspendre pour un temps ma propre \u00e9volution pour aider celui ou celle qui, sans moi, ne peut progresser. Un peu comme Parsifal qui refusait d\u2019\u00eatre couronn\u00e9 alors qu\u2019il savait que son fr\u00e8re, lui, n\u2019\u00e9tait pas admis. Pas moi sans l\u2019autre ! Le d\u00e9veloppement personnel, oui, mais au service d\u2019autrui.<\/p>\n<p>Il faut clairement identifier le bien et le mal en soi. La v\u00e9ritable pr\u00e9occupation envers autrui &#8211; un int\u00e9r\u00eat qui ne pose aucune condition et n\u2019a aucune attente en termes de r\u00e9ciprocit\u00e9 &#8211; est une expression du bien \u00e0 laquelle le <em>JE<\/em>participe.<\/p>\n<p><strong>Ne fait-on pas aussi le mal \u00e0 notre insu?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, quand notre lumi\u00e8re jette une ombre sur les autres. Si tu brilles, d\u2019autres vont se trouver dans l\u2019ombre, c\u2019est vrai dans le champ social. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance de retenir sa lumi\u00e8re. Ne pas la laisser trop transparaitre ne doit certes pas nous emp\u00eacher d\u2019avancer. Le principe de base du mal, c\u2019est la division. Il apparait chaque fois qu\u2019on divise ce qui appartient \u00e0 un tout plus grand.<\/p>\n<p>Pour le monde spirituel, l\u2019humanit\u00e9 est int\u00e9ressante en autant qu\u2019elle \u00e9volue; l\u2019ange n\u2019est pas libre, il nous regarde. Or, les forces adverses visent \u00e0 emp\u00eacher tout d\u00e9veloppement. Elles aussi \u00e9voluent cependant et passent par quatre \u00e9tapes : l\u2019\u00eatre; le geste de r\u00e9v\u00e9lation de leur intention premi\u00e8re; la manifestation; le passage \u00e0 l\u2019acte. On peut apprendre \u00e0 observer ces quatre \u00e9tapes en soi. Le d\u00e9fi de l\u2019\u00eatre humain consiste \u00e0 devenir \u2026 humain, c\u2019est tout le Myst\u00e8re du Golgotha, o\u00f9 un \u00eatre spirituel devient humain !<\/p>\n<div id=\"attachment_5368\" style=\"width: 268px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Ikone_Franziskus_Sultan_A4.jpg\"><img decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-5368\" class=\"wp-image-5368 size-medium\" src=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Ikone_Franziskus_Sultan_A4-258x300.jpg\" alt=\"\" width=\"258\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Ikone_Franziskus_Sultan_A4-258x300.jpg 258w, https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Ikone_Franziskus_Sultan_A4.jpg 400w\" sizes=\"(max-width: 258px) 100vw, 258px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-5368\" class=\"wp-caption-text\">Fran\u00e7ois rencontrant le Sultan. Ic\u00f4ne moderne peinte en Suisse, dans l\u2019atelier des s\u0153urs Clarisses, \u00e0 Vevey. L\u2019original se trouve au couvent des Capucins de\u00a0 Saint-Maurice, en Suisse. Une banni\u00e8re unit la mosqu\u00e9e et l\u2019\u00e9glise. En arabe, on lit, \u00e0 gauche\u00a0: b\u00e9ni soit saint Fran\u00e7ois au nom de Dieu le tr\u00e8s saint et \u00e9ternel. Et \u00e0 droite\u00a0: que la Paix soit avec vous au Ciel comme sur la Terre (photo Christine Gruwez).<\/p><\/div>\n<p><strong>L\u2019ann\u00e9e 2019 marque le 800e anniversaire de l\u2019entretien de Fran\u00e7ois d\u2019Assise avec le Sultan, qu\u2019il a rencontr\u00e9 \u00e0 Damiette \u00e0 pied, sans armes et avec un compagnon. Votre r\u00e9flexion ?<\/strong><\/p>\n<p>Les musulmans reconnaissent saint Fran\u00e7ois, et \u00e0 cause pr\u00e9cis\u00e9ment de cet entretien. En Occident, l\u2019islam joue un r\u00f4le d\u2019\u00e9veilleur, pour nous alerter aux pi\u00e8ges de l\u2019\u00e2me de conscience. Il y a donc motif \u00e0 se souvenir, pour garder ouvert l\u2019espace du devenir.<\/p>\n<p>Face \u00e0 la situation g\u00e9n\u00e9rale de notre temps, Rudolf Steiner (26octobre 1918) pr\u00e9cise qu\u2019il n\u2019y a aucune raison de devenir pessimiste, mais toutes les raisons de s\u2019\u00e9veiller. Dans la mesure o\u00f9 le mal s\u2019approche de nous, le bien aussi s\u2019approche de nous. Les deux sont li\u00e9s.<\/p>\n<p>*Form\u00e9e en Belgique en philosophie et en linguistique compar\u00e9e. A enseign\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9cole Waldorf d\u2019Anvers. Ses recherches concernent le christianisme, l\u2019islam, le manich\u00e9isme et le dialogue entre les religions et les cultures. Parmi ses ouvrages, <em>Devenir contemporain<\/em>; <em>Mani et Rudolf Steiner<\/em>&#8211; <em>Manich\u00e9isme, anthroposophie et leur convergence dans l\u2019avenir<\/em>(Perceval, 2019).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Devenir contemporain : peut-on transformer le mal ? Cette question de Christine Gruwez*, invit\u00e9e \u00e0 Montr\u00e9al par Arie van Ameringen et Ren\u00e9e Cossette, a nourri une r\u00e9flexion sur le manich\u00e9isme. Environ 70 personnes r\u00e9unies \u00e0 l\u2019\u00c9cole Rudolf Steiner de Montr\u00e9al le vendredi 17 mai dernier&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-5372","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-nouvelles-publique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5372","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5372"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5372\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5497,"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5372\/revisions\/5497"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5372"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5372"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5372"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}