{"id":5498,"date":"2019-10-28T16:49:08","date_gmt":"2019-10-28T20:49:08","guid":{"rendered":"https:\/\/anthroposophy.ca\/?p=5498"},"modified":"2019-10-28T16:49:08","modified_gmt":"2019-10-28T20:49:08","slug":"celebrer-lart-social-aux-musees-dottawa-denis-scheider","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/celebrer-lart-social-aux-musees-dottawa-denis-scheider\/","title":{"rendered":"C\u00c9L\u00c9BRER l\u2019ART SOCIAL AUX MUS\u00c9ES D\u2019OTTAWA &#8211; Denis Scheider"},"content":{"rendered":"<p>Revenu d\u2019Ottawa, ao\u00fbt 22-25, m\u2019y voici encore, avec vous, pour revisiter int\u00e9rieurement ses magnifiques mus\u00e9es\u00a0: art, sciences, histoire, nature, aviation, guerre. Ces nouveaux temples qui nous racontent chacun son histoire de l\u2019humanit\u00e9. Pour revoir aussi cette ville phare, toute baign\u00e9e de ressouvenance des vertus sociales de l\u2019Ile de la Tortue (<em>point focal de rencontre des diverses tribus am\u00e9rindiennes en Am\u00e9rique du Nord<\/em>). C\u2019est Douglas Cardinal, ma\u00eetre b\u00e2tisseur autochtone, architecte du Mus\u00e9e de l\u2019Histoire \u00e0 Gatineau, qui nous a fait d\u00e9couvrir cette palette de couleurs inclusives, au congr\u00e8s de la Soci\u00e9t\u00e9 anthroposophique au Canada \u2018<em>\u00c0 la rencontre de notre humanit\u00e9\u2019, <\/em>en ao\u00fbt 2016<em>.<\/em> Cet artiste, initi\u00e9 par les anciens \u00e0 la spiritualit\u00e9 am\u00e9rindienne, d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 la ph\u00e9nom\u00e9nologie goeth\u00e9enne et li\u00e9 \u00e0 l\u2019Anthroposophie, pose un regard conscient sur sa pratique et s\u2019interroge sur l\u2019avenir des Autochtones et de l\u2019Humanit\u00e9. En ce sens, il fait r\u00e9sonner les questions primordiales du chef d\u2019\u0153uvre de Gauguin (abord\u00e9e \u00e0 la fin de cet article) <strong><em>D&rsquo;o\u00f9 venons-nous\u00a0? Qui sommes-nous\u00a0? O\u00f9 allons-nous\u00a0?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Douglas d\u00e9ploie par ses cr\u00e9ations architecturales, les possibilit\u00e9s d\u2019un nouvel art social. Il c\u00e9l\u00e8bre cet art de cr\u00e9er l\u2019espace social avec les autres en imaginant des espaces de rencontres favorables o\u00f9 l\u2019autre cr\u00e9e, avec soi et par soi.Reconnaissance internationale\u00a0: Prix national d\u2019excellence d\u00e9cern\u00e9 aux Autochtones en 1995. En 1999, il re\u00e7oit la m\u00e9daille d\u2019or de l\u2019Institut royal d\u2019architecture du Canada, qui repr\u00e9sente l\u2019honneur le plus \u00e9lev\u00e9 conf\u00e9r\u00e9 \u00e0 un individu au Canada, conception du Mus\u00e9e national des Am\u00e9rindiens du National Mall \u00e0 Washington, DC,\u00a01993 et plusieurs autres r\u00e9alisation d\u2019envergure jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. Allez \u00e0 son site pour voir les images de ses nouveaux temples aux formes organiques. Vous y verrez peut-\u00eatre le regard ami du grand fr\u00e8re, le Goeth\u00e9anum lui-m\u00eame. <a href=\"http:\/\/www.djcarchitect.com\/\">http:\/\/www.djcarchitect.com\/<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Vendredi matin, 23 ao\u00fbt 2019, Mus\u00e9e des Sciences<\/p>\n<p>Avant d\u2019entrer \u00e0 l\u2019exposition L\u00e9onard de Vinci, me voil\u00e0 \u00e9merveill\u00e9 face \u00e0 toutes ces constellations extraordinaires de cr\u00e9ations techniques, d\u00e9ploy\u00e9es tout autour. Je veux tout voir. Appareils et machines de tout acabit paradent au grand jour \u00e9lectrique. Gris\u00e9, puis surpris, mon regard s\u2019active ailleurs, s\u2019inverse vers l\u2019int\u00e9rieur pour contempler alors les innombrables mains humaines \u00e0 l\u2019\u0153uvre au cours de l\u2019histoire. Chaque objet est soudain envelopp\u00e9 de leurs soins. O\u00f9 seraient les brillantes id\u00e9es des inventeurs sans ces sages mains pensantes ? Comment ces mains auraient-elles pu cr\u00e9er sans engager une part de leur c\u0153ur ? Volont\u00e9 pour le travail bien fait ? Nous ne pouvons en douter, sans quoi ces r\u00e9alisations seraient m\u00e9diocres. Reconnaissance \u00e9mue de ce temps avant la technologie num\u00e9rique et la robotique. C\u0153ur plein ciel aux mains d\u2019\u0153uvres pour les serrer toutes.<\/p>\n<p>Soudain, volte-face foudroyante, le sombre p\u00e9riple du projet de vente d\u2019Air Transat, une compagnie a\u00e9rienne qui exploite des vols internationaux, r\u00e9guliers et charters, se montre le bout du nez. Pour planer, toute la fin de semaine, au-dessus des mus\u00e9es, de l\u2019h\u00f4tel, dans la rue m\u00eame. Comment a-t-on pu d\u00e9figurer ainsi cette cr\u00e9ation qu\u00e9b\u00e9coise, bas\u00e9e \u00e0 Montr\u00e9al, sp\u00e9cialis\u00e9e dans l\u2019organisations de voyage de vacances.\u00a0 A-t-on pens\u00e9 \u00e0 cette main d\u2019\u0153uvre vaillante, \u00e0 son sentiment d\u2019appartenance, \u00e0 sa qualit\u00e9 (ex. m\u00e9caniciens, form\u00e9s non pour des t\u00e2ches sp\u00e9cialis\u00e9es mais conscients de l\u2019ensemble des fonctionnalit\u00e9s de l\u2019appareil). Oublions-nous les autres expertises, de service, sans lesquelles, rien de ce canevas n\u2019aurait pris son envol ? Cette part de notre visage, ouvert au monde, \u00e9tait-t-elle d\u00e9j\u00e0 vou\u00e9e au profit des actionnaires (nez en l\u2019air) ? pour piquer du nez et bient\u00f4t dispara\u00eetre ? Ailleurs ? <strong><em>Un triste exemple d\u2019art antisocial<\/em> <\/strong>! Inapte \u00e0 dig\u00e9rer, dans l\u2019instant, l\u2019impuissance, je me dessine calme, acceptant le lent processus d\u2019humanisation de la vie \u00e9conomique. Je reste tout entier dans l\u2019image vivante\u00a0: chenille deviendra papillon. Cr\u00e9ation ex nihilo \u00e0 venir. Aucune th\u00e9orie ne peut m\u2019\u00eatre impos\u00e9, ni d\u2019en haut ni d\u2019en bas. Tout en perspective horizontale, j\u2019esquisse l\u2019exercice d\u2019un penser responsable et conscient, partag\u00e9 avec chacun(e). \u00ab\u00a0Tout ce que j\u2019ai en trop, tu l\u2019as en moins, et parfois pour tes besoins essentiels\u00a0\u00bb. J\u2019aspire au vrai NOUS, form\u00e9 de tous ces JE r\u00e9veill\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9conomie fraternelle de l\u2019avenir, une cr\u00e9ation sociale d\u2019ensemble, sans pr\u00e9c\u00e9dent, qui s\u2019appuie sur ses propres bases. Un possible, malgr\u00e9 tout discours dissuasif.<\/p>\n<p>L\u2019exposition sp\u00e9ciale <em>L\u00e9onard de Vinci<\/em>, apporte momentan\u00e9ment un baume. Les images de la Vierge aux rochers avec les deux enfants J\u00e9sus nous \u00e9l\u00e8vent, ailleurs vers l\u2019espoir. Con\u00e7ue en un tout, cette exposition met en lumi\u00e8re la pens\u00e9e de l\u2019artiste. Les reproductions infid\u00e8les des peintures (couleur, luminosit\u00e9, format) ne voilent en rien l\u2019\u00e2me de chaque \u0153uvre, si on r\u00e9ussit \u00e0 placer chacune en soi, \u00e0 la bonne place ! Ce lieu en moi o\u00f9 je trouve le sens, pr\u00e9sent au contexte d\u2019un mus\u00e9e de la science. La conversation s\u2019engage entre visiteurs\u00a0\u00ab\u00a0La Joconde est toujours aussi belle\u00a0\u00bb, malgr\u00e9 toutes les triturations des experts de la photo num\u00e9rique. Les maquettes en bois des machines font pauvre mine face \u00e0 la grandeur des esquisses du ma\u00eetre, \u00e9tal\u00e9es sur les murs; comme des jouets d\u2019enfants, elles sont n\u00e9anmoins t\u00e9moins, dans leur simplicit\u00e9, du g\u00e9nie de Leonardo. Le spectacles audio-visuel, dans un grand cocon musical, pr\u00e9sentait en boucle des \u00e9nonc\u00e9s du ma\u00eetre papillotant sur les murs comme des clins d&rsquo;\u0153il\u00a0de conscience Je quitte la salle tout fortifi\u00e9 de ces multiples paroles \u00e0 m\u00e9diter. <strong><em>\u00ab\u00a0L\u2019art r\u00e8gne sur toutes les sciences, car il communique le savoir \u00e0 toutes les g\u00e9n\u00e9rations du monde.\u00a0\u00bb<\/em><\/strong> <strong><em>\u00ab\u00a0On ne peut avoir plus grande domination que celle que l\u2019on exerce sur soi\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0<\/em><\/strong><strong><em>Vivre sans amour ce n\u2019est pas vivre.\u00a0\u00bb<\/em><\/strong>.<\/p>\n<p>Samedi matin, 24 ao\u00fbt, Mus\u00e9e des Beaux Arts du Canada. National Gallery of Canada<\/p>\n<p>Revoir Gauguin, p\u00e9n\u00e9trer davantage dans son univers de couleurs assoiff\u00e9es de libert\u00e9. Y a-t-il ici de petites \u0153uvres ? Tout parle ici son langage. En reprochant la place faite \u00e0 tant d\u2019auto portraits, on risque de mal comprendre la place de l\u2019auto portrait dans la peinture europ\u00e9enne, au sein de laquelle le JE a \u00e9t\u00e9 cultiv\u00e9\u00a0: le moi se cherche aux del\u00e0 des fronti\u00e8res des repr\u00e9sentations physiques. Plusieurs tableaux \u00e9voquent la pr\u00e9sence de l\u2019\u00catre du Christ, le Golgotha en arri\u00e8re-plan. Gauguin se repr\u00e9sente lui-m\u00eame au Jardin des Oliviers, accabl\u00e9, avec des cheveux vermillon. <em>\u00ab\u00a0C\u2019est mon portrait que j\u2019ai fait l\u00e0 \u2026 Mais cela veut repr\u00e9senter aussi l\u2019\u00e9crasement d\u2019un id\u00e9al, une douleur aussi divine qu\u2019humaine, J\u00e9sus abandonn\u00e9 de tous, ses disciples le quittant dans un cadre aussi triste que son \u00e2me\u00a0\u00bb (lettre \u00e0 V van Gogh, avec un dessin de ce tableau, 8 novembre 1889).<\/em><a href=\"https:\/\/www.flickr.com\/photos\/7208148@N02\/16587476472\">https:\/\/www.flickr.com\/photos\/7208148@N02\/16587476472<\/a>.<\/p>\n<p>Un panneau de son p\u00e9riple biographique<u>,<\/u> li\u00e9 \u00e0 son besoin d\u2019aller si loin dans l\u2019espace g\u00e9ographique<u>,<\/u> nous le montre en route, loin de l\u2019Europe. Pour se rejoindre dans son propre espace int\u00e9rieur, s\u2019y trouver, s\u2019y perdre, pour cr\u00e9er puis d\u00e9passer ses fronti\u00e8res. Cette qu\u00eate spirituelle de l\u2019auto portrait l\u2019a men\u00e9 tranquillement \u00e0 son dernier grand tableau. <strong><em>D&rsquo;o\u00f9 venons-nous\u00a0? Que sommes-nous\u00a0? O\u00f9 allons-nous\u00a0?<\/em><\/strong>\u00a0 Gauguin explique dans une lettre \u00e0 son ami Monfreid les circonstances de l&rsquo;\u00e9laboration du tableau\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Il faut vous dire que ma r\u00e9solution (de suicide) \u00e9tait bien prise pour le mois de d\u00e9cembre. Alors j&rsquo;ai voulu, avant de mourir, peindre une grande toile que j&rsquo;avais en t\u00eate et, durant tout le mois, j&rsquo;ai travaill\u00e9 jour et nuit dans une fi\u00e8vre inou\u00efe [&#8230;].je crois que non seulement cette toile d\u00e9passe en valeur toutes les pr\u00e9c\u00e9dentes mais encore que je n&rsquo;en ferais jamais une meilleure ni une semblable. J&rsquo;y ai mis l\u00e0, avant de mourir, toute mon \u00e9nergie, une telle passion douloureuse dans des circonstances terribles et une vision tellement nette, sans correction, que le h\u00e2tif dispara\u00eet et que la vie surgit <\/em>[&#8230;]. <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%27o%C3%B9_venons-nous_%3F_Que_sommes-nous_%3F_O%C3%B9_allons-nous_%3F\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%27o%C3%B9_venons-nous_%3F_Que_sommes-nous_%3F_O%C3%B9_allons-nous_%3F<\/a> Il est mort quelque ann\u00e9es plus tard portant une conscience de l\u2019au-del\u00e0 qui l\u2019a maintenu vivant. Bien que ce tableau ait \u00e9t\u00e9 absent de l\u2019exposition, il \u00e9tait bien pr\u00e9sent dans le sanctuaire int\u00e9rieur de chacun(e) qui le connaissait.<\/p>\n<p>Puis je marche ailleurs dans ce magnifique mus\u00e9e pour savourer les \u0153uvres amies qui me saluent chacune au passage \u00ab Je me souviens de toi, tu t\u2019es arr\u00eat\u00e9, tu m\u2019as d\u00e9j\u00e0 vue plusieurs fois et aim\u00e9e\u00a0\u00bb. Puis marcher dans les rues d\u2019Ottawa \u00e0 travers les c\u00f4nes oranges. Montr\u00e9al est soudainement beaucoup plus proche. La construction fait loi\u2026l\u00e0 dehors\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dimanche, 25 ao\u00fbt, Mus\u00e9e de la Nature.<\/p>\n<p>Bain rafra\u00eechissant de papillons vivants, danses nuptiales tourbillonnantes de couleurs, autour de soi, puis sur soi, si on a la chance d\u2019\u00eatre l\u2019\u00e9lu du couple de l\u2019instant. Puis au 3<sup>e<\/sup> \u00e9tage, les cristaux sortent lumineux des t\u00e9n\u00e8bres de la terre ; j\u2019aurais voulu tous les manger avec leurs couleurs si app\u00e9tissantes. Ces petits chefs d\u2019\u0153uvre, en nous pr\u00e9sentant leurs formes toutes ordonn\u00e9es, nous font prendre conscience de l\u2019imperfection et du d\u00e9sordre de nos actions humaines. Rien n\u2019est plus beau que la nature, except\u00e9 l\u2019\u00eatre humain qui se cr\u00e9e soi-m\u00eame \u00e0 travers l\u2019art social, \u00e0 imaginer dans son possible visage tri-articul\u00e9e. Inspiration pour de nouvelles prises de conscience responsables. Pour de nouvelles peintures, couleurs et formes, d\u00e9gag\u00e9es de la perfection. Pour cr\u00e9er du neuf.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le voil\u00e0 termin\u00e9e ce p\u00e8lerinage de mus\u00e9es au sein duquel la voix de la conscience sociale, incontournable pr\u00e9sence, me suit partout dans ma qu\u00eate de beaut\u00e9 pour apprivoiser la laideur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Denis Schneider<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Revenu d\u2019Ottawa, ao\u00fbt 22-25, m\u2019y voici encore, avec vous, pour revisiter int\u00e9rieurement ses magnifiques mus\u00e9es\u00a0: art, sciences, histoire, nature, aviation, guerre. Ces nouveaux temples qui nous racontent chacun son histoire de l\u2019humanit\u00e9. 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