{"id":5753,"date":"2020-03-21T15:18:51","date_gmt":"2020-03-21T19:18:51","guid":{"rendered":"https:\/\/anthroposophy.ca\/?p=5753"},"modified":"2020-03-26T16:15:45","modified_gmt":"2020-03-26T20:15:45","slug":"compostelle-trois-amies-sur-le-chemin-etoile-premiere-partie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/compostelle-trois-amies-sur-le-chemin-etoile-premiere-partie\/","title":{"rendered":"Compostelle &#8211; Trois amies sur le chemin \u00e9toil\u00e9 (premi\u00e8re partie)"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_5755\" style=\"width: 436px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Chantal-Suzie-Manon.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-5755\" class=\"wp-image-5755 \" src=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Chantal-Suzie-Manon-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"426\" height=\"319\" srcset=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Chantal-Suzie-Manon-300x225.jpg 300w, https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Chantal-Suzie-Manon-768x576.jpg 768w, https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Chantal-Suzie-Manon-1024x768.jpg 1024w\" sizes=\"(max-width: 426px) 100vw, 426px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-5755\" class=\"wp-caption-text\">Chantal Lamothe, Suzie Couture et Manon S\u00e9vigny (photo Michel Dongois).<\/p><\/div>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\">Elles sont trois amies retrait\u00e9es, li\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00c9cole des Enfants-de-la-terre, p\u00e9dagogie Waldorf, \u00e0 Waterville*. Un jour, Chantal Lamothe propose de partir en p\u00e8lerinage \u00e0 pied \u00e0 Compostelle. \u00ab Si tu y vas, on part avec toi ! \u00bb Et les voil\u00e0 toutes trois cheminant 36 jours sur le <\/span><em style=\"font-size: 16px;\">Camino Franc\u00e8s<\/em><span style=\"font-size: 16px;\">, de Saint-Palais \u00e0 Santiago de Compostella au printemps dernier, munies de leur <\/span><em style=\"font-size: 16px;\">credencial <\/em><span style=\"font-size: 16px;\">(carnet du p\u00e8lerin). Au podom\u00e8tre, 943.8 kilom\u00e8tres.<\/span><\/p>\n<p>Je les ai r\u00e9cemment rencontr\u00e9es \u00e0 Sherbrooke autour d\u2019un repas. Un rendez-vous de complicit\u00e9 en fait, puisque j\u2019ai moi-m\u00eame foul\u00e9 le Camino au milieu des ann\u00e9es 1990 (la <em>via Podiensis<\/em>, ou voie du Puy, environ 1600 km en 46 jours). L\u2019exp\u00e9rience semble encore plus compl\u00e8te lorsqu\u2019elle est partag\u00e9e. Nous avons tent\u00e9 de cerner comment le Camino contribue \u00e0 transformer la personne. Comment il peut aussi devenir \u00ab un chemin de connaissance qui voudrait conduire l\u2019esprit en l\u2019homme vers l\u2019Esprit en l\u2019Univers \u00bb**.<\/p>\n<p>Chantal Lamothe se trouvait \u00e0 un tournant de sa vie\u00a0: d\u00e9c\u00e8s de son conjoint, en 2016, retraite deux ans plus tard. \u00ab J\u2019avais besoin de marcher ma vie pour savoir quel serait le prochain pas. \u00bb Avant toute grande prise de d\u00e9cision, elle avait d\u00e9j\u00e0 l\u2019habitude d\u2019aller marcher. \u00ab Mais partir si loin, est-ce une fuite ? Comme j\u2019\u00e9tais en transition, je devais me mettre en mouvement pour que la vie me r\u00e9ponde dans le mouvement. \u00bb<\/p>\n<p><strong>Un livre<\/strong><\/p>\n<p>Avant de boucler son sac \u00e0 dos, elle avait assimil\u00e9 le livre <em>Le chemin aux \u00e9toiles<\/em>, de Manfred Schmidt-Brabant**. La vision expos\u00e9e par l\u2019auteur lui a donn\u00e9 des ailes, colorant son voyage d\u2019une nuance d\u2019infini. \u00ab J\u2019ai souvent eu l\u2019impression que le ciel au complet me guidait, que toute l\u2019exp\u00e9rience du Camino de Santiago, en termes d\u2019histoire et de sagesse, m\u2019\u00e9tait disponible. C\u2019\u00e9tait\u00a0profond\u00e9ment\u00a0myst\u00e9rieux, secret et grand, quelque chose de l\u2019ordre d\u2019un v\u00e9cu int\u00e9rieur difficile \u00e0 expliquer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Manfred Schmidt-Brabant reprend notamment les paroles prononc\u00e9es par le recteur de l\u2019Universit\u00e9 de Santiago peu avant que le Conseil de l\u2019Europe***, en 1987, ne demande aux \u00c9tats de poursuivre sur tout le continent l\u2019\u00e9tude et la protection du Camino. \u00ab Le chemin pour Santiago, o\u00f9 affluaient des hommes de tous les pays, comprenait au fond la chr\u00e9tient\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale &#8211; en d\u2019autres termes, il a cr\u00e9\u00e9 ce que nous appelons aujourd\u2019hui l\u2019Occident. \u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le regain d\u2019int\u00e9r\u00eat pour Compostelle date en gros des ann\u00e9es 1980. Les id\u00e9ateurs de l\u2019Europe cherchaient une fa\u00e7on \u00e9loquente de rappeler, pour mieux les raffermir, les fondements de la civilisation occidentale. Le nazisme et le communisme les avaient sap\u00e9s, entra\u00eenant l\u2019humanit\u00e9 en dessous d\u2019elle-m\u00eame. La civilisation est aujourd\u2019hui menac\u00e9e par la mainmise quasi absolue de l\u2019\u00e9conomie, de sa \u00ab financiarisation \u00bb, et de la technologie sur tous les secteurs de la vie sociale. Il fallait trouver un symbole susceptible d\u2019amener les regards \u00e0 s\u2019\u00e9lever et les peuples \u00e0 esp\u00e9rer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est alors que les Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, une voie mill\u00e9naire, se sont naturellement impos\u00e9s comme porteurs de ce suppl\u00e9ment d\u2019\u00e2me. \u00a0\u00ab La grand rue de l\u2019Europe \u00bb sur laquelle ont circul\u00e9 toutes les cultures du continent est devenue le Premier itin\u00e9raire culturel europ\u00e9en. \u00ab Sans doute l\u2019un des plus importants au monde \u00e0 l\u2019exception de la Grande Muraille de Chine \u00bb, selon le Consejo Jacobeo, l\u2019organisme qui remet le Camino en valeur en Espagne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Trois piliers<\/strong><\/p>\n<p>Quels sont les piliers de l\u2019identit\u00e9 europ\u00e9enne, de l\u2019Occident ? La philosophie, le christianisme et la loi (\u00c9tat de droit), selon un expert du Conseil pour les itin\u00e9raires, Eduardo Louren\u00e7o. Or, l\u2019Europe moderne s\u2019est plut\u00f4t construite par l\u2019\u00e9conomie, le grand march\u00e9. Ce qui d\u2019ailleurs rendit amer Jean Monnet, l\u2019un de ses b\u00e2tisseurs : \u00ab Si j\u2019avais su, j\u2019aurais commenc\u00e9 par la culture ! \u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est qu\u2019on ne tombe pas amoureux d\u2019un grand march\u00e9, avait lanc\u00e9 Jacques Delors, pr\u00e9sident de la Commission Europ\u00e9enne. Les bilans financiers, les chiffres, dit-il en substance, font p\u00e2le figure \u00ab \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des enthousiasmes, des folies non d\u00e9nu\u00e9es de sagesse qui ont soulev\u00e9 l&rsquo;Europe de jadis ou d&rsquo;hier. \u00bb****. Voil\u00e0 c\u2019est dit\u00a0: Compostelle est aussi une histoire d\u2019amour.<\/p>\n<p>Le Camino est l\u2019\u00e2me de l\u2019Europe dans sa fondation tripartite\u00a0: la philosophie, le christianisme et la loi. Rudolf Steiner indique par ailleurs que Compostelle abritait jadis une \u00e9cole de myst\u00e8res, reli\u00e9e notamment \u00e0 l\u2019\u00c9cole de Chartres. Le Camino, en somme, montre le chemin d\u2019\u00e9volution du renouveau spirituel de l\u2019homme par le christianisme.<\/p>\n<p>Suzie Couture r\u00eavait de \u00ab faire \u00bb Compostelle seule. \u00ab Rien de logique. Quelque chose de plus fort que moi, comme un appel, un besoin physiologique aussi. \u00bb Elle venait de partir \u00e0 la retraite lorsque Chantal Lamothe lui propose de prendre la route. Elle saute sur l&rsquo;occasion. \u00ab J\u2019\u00e9tais fatigu\u00e9e, j\u2019avais besoin d\u2019une pause. Je cherchais un nouvel objectif de vie. Retrouver l\u2019autonomie dans mes d\u00e9placements, comme nos anc\u00eatres nomades, me plaisait beaucoup. \u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Manon S\u00e9vigny, agricultrice biologique, a toujours beaucoup march\u00e9. \u00ab Pour ma sant\u00e9 mentale, physique et psychique \u00bb, pr\u00e9cise-t-elle. Fouler le Camino lui apparaissait comme une fa\u00e7on de se d\u00e9couvrir, de ressentir une certaine libert\u00e9. \u00ab C\u2019\u00e9tait pour moi le temps ou jamais, avant d\u2019atteindre la limite d\u2019\u00e2ge et d\u2019\u00e9nergie. Sauf que j\u2019ai id\u00e9alis\u00e9 le chemin ! \u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Habitu\u00e9 aux travaux de plein air, elle pensait en effet marcher le Camino facilement. \u00ab Je suis vite retomb\u00e9e sur terre, mon corps se rappelant \u00e0 moi, des orteils \u00e0 la t\u00eate. \u00bb Chaussures trop serr\u00e9es, difficult\u00e9s avec la chaleur, r\u00e9tention d\u2019eau due \u00e0 la prise d\u2019\u00e9lectrolytes. Ses pieds enflent, des ampoules apparaissent. Elle fera plus de la moiti\u00e9 du voyage en sandales et se r\u00e9soudra, la mort dans l\u2019\u00e2me, \u00e0 prendre \u00e0 quelques reprises l\u2019autobus. Elle qui pensait marcher la t\u00eate dans les \u00e9toiles a surtout regard\u00e9 ses pieds.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La Voie Lact\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est une \u00e9toile, dit-on, qui r\u00e9v\u00e9la la pr\u00e9sence du tombeau pr\u00e9sum\u00e9 de Jacques le Majeur, ap\u00f4tre du Christ, dans un champ o\u00f9 les troupeaux refusaient de pa\u00eetre (<em>campus stellae<\/em>, champ de l\u2019\u00e9toile, ou chemin de l\u2019\u00e9toile, par allusion \u00e0 la Voie lact\u00e9e). Charlemagne avait vu en songe un chemin form\u00e9 d\u2019\u00e9toiles qui menait \u00e0 Santiago (saint Jacques).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le Camino suit la course du soleil vers l\u2019ouest, le soleil couchant, l\u00e0 o\u00f9 meurt toute chose. D\u2019o\u00f9 l\u2019autre \u00e9tymologie de Compostelle (<em>compostum<\/em>, le cimeti\u00e8re, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on aurait d\u00e9couvert le tombeau de l\u2019ap\u00f4tre et \u00e9rig\u00e9 un sanctuaire). Le p\u00e8lerin m\u00e9di\u00e9val marchait jusqu\u2019\u00e0 \u00e0 la fin des terres, jusqu\u2019au bout du monde connu d\u2019alors. Au-del\u00e0 de l\u2019oc\u00e9an, tout \u00e9tait myst\u00e8re pour lui, et il contemplait la \u00ab mort \u00bb du soleil dans l\u2019Atlantique. Imaginons l\u2019effet que cela pouvait avoir sur l\u2019\u00e2me m\u00e9di\u00e9vale, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le surnaturel n\u2019\u00e9tonnait pas. \u00c0 une \u00e9poque aussi, rappelons-le, o\u00f9 l\u2019on \u00e9tait \u00e9tranger \u00e0 20 kilom\u00e8tres de chez soi, o\u00f9 un p\u00e8lerinage durait des mois, voire des ann\u00e9es. On partait de chez soi et on y revenait \u00e0 pied !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Alors, Compostelle, \u00e9toile ou d\u00e9composition ? Les deux, puisque dans la qu\u00eate de sa propre \u00e9toile, chacun va au bout du connu pour mourir \u00e0 ses habitudes et tenter de rena\u00eetre. On s\u2019y lance en avan\u00e7ant vers la mort, vers la transformation, \u00e0 l\u2019instar du soleil couchant qui semble mourir pour mieux se relever au matin suivant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Bienveillance<\/strong><\/p>\n<p>Chantal Lamothe avait une certaine appr\u00e9hension. \u00ab En partant \u00e0 plusieurs, allais-je manquer ce que j\u2019avais \u00e0 vivre par moi-m\u00eame? \u00bb Puis elle s\u2019est souvenue d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 bien entour\u00e9e apr\u00e8s la mort de son mari. \u00ab Le chemin m\u2019appelle \u00e0 m\u2019ouvrir \u00e0 la vie. Il sera donc pour moi le cadeau de l\u2019ouverture, un cadeau \u00e0 d\u00e9baller avec d\u2019autres. \u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Chaque p\u00e8lerine pr\u00e9cise que l\u2019aventure a baign\u00e9 dans un climat d\u2019attention r\u00e9ciproque, avec des gestes de pr\u00e9venance mutuelle, allant du pr\u00eat de mat\u00e9riel au choix et \u00e0 la r\u00e9servation des g\u00eetes. Bienveillance r\u00e9ciproque aussi envers chacun des trois chemins personnels, dans les petits bobos, les inqui\u00e9tudes et jusque dans l\u2019\u00e9coute des besoins individuels de s\u00e9curit\u00e9 physique et \u00e9motionnelle. \u00ab Nous nous sentions unies et surtout conscientes que nous vivions l\u2019un des \u00e9v\u00e8nements les plus marquants de notre vie \u00bb, r\u00e9sume Manon S\u00e9vigny.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Chacune gardait sa libert\u00e9 et marchait \u00e0 son rythme. Chantal, qui arrivait souvent la premi\u00e8re \u00e0 l\u2019auberge, s\u2019effor\u00e7ait de choisir au mieux les lits pour que toutes soient confortables.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les p\u00e9rils du chemin<\/strong><\/p>\n<p>Outre les intemp\u00e9ries, trois grands dangers, pour l\u2019essentiel, guettaient jadis le p\u00e8lerin\u00a0: les loups, les bandits de grand chemin et le passage des rivi\u00e8res. Et aujourd\u2019hui ? \u00ab Ma crainte, c\u2019\u00e9tait de me noyer dans la f\u00e9brilit\u00e9 du chemin, dans une adaptation continuelle \u00e0 un lieu nouveau, \u00e0 des gens nouveaux. Comment allais-je m\u2019y retrouver ? \u00bb, se demandait Manon S\u00e9vigny. Le chemin de Compostelle est effectivement tr\u00e8s habit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Deux pr\u00e9occupations habitaient Suzie Couture. L\u2019une reli\u00e9e \u00e0 ses genoux fragiles, aux ampoules. L\u2019autre concernait l\u2019in\u00e9vitable promiscuit\u00e9 des g\u00eetes. Bref, la recherche d\u2019\u00e9quilibre entre solitude et vie sociale. Ses craintes se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es en partie infond\u00e9es, dit-elle, \u00ab car au bout du compte, chacun est seul sur le chemin \u00bb. Il reste que se faire r\u00e9veiller par des p\u00e8lerins qui d\u00e9marrent t\u00f4t le matin n\u2019a rien d\u2019agr\u00e9able.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les r\u00e9alit\u00e9s li\u00e9es \u00e0 l\u2019h\u00e9bergement pour trois personnes leur ont impos\u00e9 par ailleurs un stress bien r\u00e9el, reconnaissent \u00ab les trois Qu\u00e9b\u00e9coises \u00bb &#8211; c\u2019est ainsi qu\u2019on les nommait sur le Camino. Chacune avait son t\u00e9l\u00e9phone cellulaire, pour appeler la famille au besoin, mais surtout pour r\u00e9server l\u2019h\u00e9bergement pour deux nuits \u00e0 l\u2019avance. \u00ab Pouvoir ainsi communiquer \u00e0 l\u2019occasion \u00e9tait rassurant pour chacune et lib\u00e9rateur pour toutes \u00bb, pr\u00e9cise Suzie Couture.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 Saint-Jean-Pied de Port, au pied des Pyr\u00e9n\u00e9es, raconte-t-elle, on leur a dit qu\u2019il partait environ 450 p\u00e8lerins par jour vers Compostelle. Au refuge de Roncesvalles, premi\u00e8re \u00e9tape en sol espagnol, on a refus\u00e9 200 personnes ce soir-l\u00e0, tous les g\u00eetes \u00e9tant pleins. Pour avoir acc\u00e8s aux structures d\u2019accueil, on reconna\u00eet trois fa\u00e7ons de vivre le p\u00e8lerinage : \u00e0 pied, pour l\u2019immense majorit\u00e9 des p\u00e8lerins, \u00e0 v\u00e9lo ou \u00e0 cheval.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab Tout ce monde en chemin, quel choc ! \u00bb, lance Chantal Lamothe, qui ne s\u2019attendait pas \u00e0 rencontrer, par exemple, des marcheurs venus d\u2019aussi loin que la Cor\u00e9e ou Ta\u00efwan. \u00ab Cette grande affluence m\u2019a amen\u00e9e \u00e0 rentrer davantage dans ma bulle. \u00bb Compostelle, victime de son succ\u00e8s ? Le bureau des p\u00e8lerins de Santiago a d\u00e9cern\u00e9 l\u2019an dernier plus de 347 000 <em>compostelas<\/em>\u00a0 (certificats de p\u00e8lerinage) &#8211; soit 20 200 de plus qu\u2019en 2018 (en 1989 par exemple, seulement 5324 <em>compostelas<\/em>). On atteint des sommets durant les ann\u00e9es saintes compostellanes, quand la saint Jacques (25 juillet) tombe un dimanche. Prochaine ann\u00e9e jacquaire\u00a0: 2021.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab La foule ne me d\u00e9rangeait pas, car je me sentais membre d\u2019une grande famille. Je ne connaissais pas les autres marcheurs, mais tous nous foulions le m\u00eame chemin, traversions les m\u00eames \u00e9preuves \u00bb, t\u00e9moigne Suzie Couture. \u00ab Il doit y avoir quelque chose de plus grand que nous qui nous r\u00e9unit tous, de plus grand aussi que la simple aventure physique. En observant les gens, je me demandais quelle pouvait bien \u00eatre leur qu\u00eate. Marchaient-ils pour les m\u00eames raisons que moi ? \u00bb, se demande Chantal Lamothe.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9paration<\/strong><\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de son caract\u00e8re europ\u00e9en, Compostelle est patrimoine mondial de l\u2019humanit\u00e9 (UNESCO). \u00ab Ce que tu as de tes p\u00e8res, tu dois le regagner pour qu\u2019il t\u2019appartienne \u00bb, \u00e9crivait Goethe. Les institutions europ\u00e9ennes s\u2019activent pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 dresser l\u2019inventaire de l\u2019h\u00e9ritage des g\u00e9n\u00e9rations pass\u00e9es et de ce qui a reli\u00e9 les peuples. Compostelle a ainsi servi de d\u00e9clencheur pour la cr\u00e9ation de 37 autres itin\u00e9raires culturels, le plus r\u00e9cent (2019) concernant Les Chemins de la R\u00e9forme, les voies du protestantisme. Tous ne sont pas forc\u00e9ment p\u00e9destres cependant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Et nos p\u00e8lerines, comment s\u2019\u00e9taient-elles pr\u00e9par\u00e9es \u00e0 l\u2019aventure ? \u00ab J\u2019ai planifi\u00e9 mon chemin comme je planifiais mes cours \u00e0 l\u2019\u00e9cole, avec des recherches, des lectures. Se pr\u00e9parer au plan physique et mental, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 \u00eatre en route \u00bb, affirme Suzie Couture. Toutes trois ont re\u00e7u l\u2019aide de l\u2019Association Du Qu\u00e9bec \u00e0 Compostelle, qui fait un travail remarquable, selon elles. L\u2019organisme propose chaque semaine des marches en compagnie d\u2019anciens et de futurs p\u00e8lerins de Compostelle, r\u00e9unit aussi ceux qui en reviennent, y compris les d\u00e9\u00e7us. Elle les accompagne dans la r\u00e9adaptation \u00e0 la vie d\u2019apr\u00e8s le Camino.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par ailleurs, \u00ab on marche sur le Camino comme on est dans la vie \u00bb, note Manon S\u00e9vigny, le temp\u00e9rament de chacune se r\u00e9v\u00e9lant au fil des kilom\u00e8tres. Il leur a fallu environ 10 jours pour s\u2019ajuster au plan relationnel, concilier les fa\u00e7ons d\u2019\u00eatre et de marcher &#8211; Chantal plut\u00f4t col\u00e9rique, Suzie, plut\u00f4t sanguine, et Manon, plut\u00f4t m\u00e9lancolique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Premi\u00e8re \u00e0 partir, exp\u00e9diant son petit-d\u00e9jeuner, Chantal marchait d\u2019un pas d\u00e9termin\u00e9. \u00ab Je m\u2019aper\u00e7ois maintenant que ma fa\u00e7on\u00a0de me centrer sur la t\u00e2che de la journ\u00e9e ne me permettait pas toujours de profiter du moment pr\u00e9sent. \u00bb Elles marchaient rarement en groupe, mais s\u2019attendaient au refuge pour manger ensemble le soir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Suzie Couture, elle, voulait tout vivre, quitte \u00e0 faire un long d\u00e9tour, par exemple, pour aller manger de la poulpe dans un march\u00e9 public. Ou pour attendre pendant une heure l\u2019ouverture d\u2019une petite \u00e9glise qu\u2019elle tenait \u00e0 visiter. Quant \u00e0 Manon S\u00e9vigny, elle a l\u2019impression, avec le recul, que leur aventure a peut-\u00eatre souffert d\u2019un exc\u00e8s de planification. \u00ab Les \u00e9tapes \u00e9taient-elles trop longues ? Moi, \u00a0j\u2019aurais davantage fait confiance au chemin. \u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La route impose ses rituels, ses haltes r\u00e9g\u00e9n\u00e9ratrices. Il y a aussi les rites que l\u2019on choisit. Chantal Lamothe encourageait ses amies \u00e0 vivre ensemble \u00ab le retour du soir \u00bb. Quand elles trouvaient un moment d\u2019intimit\u00e9, au dortoir ou au resto, elles se racontaient ce qu\u2019elles avaient trouv\u00e9 de plus difficile dans la journ\u00e9e, ce qu\u2019elles avaient le plus appr\u00e9ci\u00e9 aussi.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Et puis elles firent un jour LA rencontre du Camino, en la personne de Maria. Elle est massoth\u00e9rapeute au village de Terradillos de Los Templarios, \u00e0 la fin du grand plateau de la Mesata.<\/p>\n<p><strong>\u00c0 suivre<\/strong>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>*Suzie Couture, 59 ans, titulaire de classe pendant 17 ans. Retrait\u00e9e depuis juin 2018; Chantal Lamothe, 61 ans, titulaire de classe pendant 18 ans. Retrait\u00e9e depuis juin 2018; Manon S\u00e9vigny, ex-membre du conseil d\u2019administration de l\u2019\u00c9cole. Retrait\u00e9e depuis 2010.<\/p>\n<p>**Manfred Schmidt-Brabant, <em>Le chemin aux \u00e9toiles. Des myst\u00e8res anciens aux myst\u00e8res nouveaux. Le secret du Camino pour Saint-Jacques-de-Compostelle<\/em>, \u00c9ditions DGP.<\/p>\n<p>***Il regroupe 47 \u00c9tats-membres. Le Canada et les \u00c9tats-Unis y ont un statut d\u2019observateur.<\/p>\n<p>****En r\u00e9f\u00e9rence aux travaux de l&rsquo;historien Fernand Braudel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Michel Dongois<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elles sont trois amies retrait\u00e9es, li\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00c9cole des Enfants-de-la-terre, p\u00e9dagogie Waldorf, \u00e0 Waterville*. Un jour, Chantal Lamothe propose de partir en p\u00e8lerinage \u00e0 pied \u00e0 Compostelle. \u00ab Si tu y vas, on part avec toi ! \u00bb Et les voil\u00e0 toutes trois cheminant 36&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-5753","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-nouvelles-publique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5753","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5753"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5753\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5779,"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5753\/revisions\/5779"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5753"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5753"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5753"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}