{"id":5884,"date":"2020-04-26T11:48:57","date_gmt":"2020-04-26T15:48:57","guid":{"rendered":"https:\/\/anthroposophy.ca\/?p=5884"},"modified":"2020-04-26T12:21:31","modified_gmt":"2020-04-26T16:21:31","slug":"compostelle-trois-amies-sur-le-chemin-etoile-deuxieme-partie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/anthroposophy.ca\/fr\/compostelle-trois-amies-sur-le-chemin-etoile-deuxieme-partie\/","title":{"rendered":"Compostelle  Trois amies sur le chemin \u00e9toil\u00e9 (deuxi\u00e8me partie)"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_5889\" style=\"width: 355px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/En-chemin-2.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-5889\" class=\"wp-image-5889\" src=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/En-chemin-2-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"345\" height=\"259\" srcset=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/En-chemin-2-300x225.jpg 300w, https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/En-chemin-2-768x577.jpg 768w, https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/En-chemin-2-1024x769.jpg 1024w\" sizes=\"(max-width: 345px) 100vw, 345px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-5889\" class=\"wp-caption-text\">En chemin.<\/p><\/div>\n<p>Maria est massoth\u00e9rapeute. Sa vocation, c\u2019est de masser les p\u00e8lerins, et les p\u00e8lerins uniquement, \u00e0 l\u2019auberge Jacques de Molay, dans le petit village de Terradillos de Los Templarios. Elle a une fa\u00e7on bien \u00e0 elle de vivre son travail, indique Chantal Lamothe, qui a profit\u00e9 de ses soins pour son tendon d\u2019Achille bless\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Cette femme, que je qualifie de gardienne du Camino, masse les marcheurs en leur faisant comprendre qu\u2019ils habitent leur corps d\u2019une fa\u00e7on diff\u00e9rente. Elle dit \u00eatre l\u00e0 pour apaiser ce corps en mouvement. \u00bb Chantal en a beaucoup appris sur l\u2019esprit de Compostelle en \u00e9changeant tant bien que mal avec elle, dans un m\u00e9lange d\u2019espagnol et d\u2019anglais.<\/p>\n<p>Maria observe par exemple que des p\u00e8lerins empruntent le Camino tout en \u00e9tant malades. Atteints de cancer, plusieurs esp\u00e8rent m\u00eame que le Chemin va les gu\u00e9rir. Il arrive aussi que certains meurent en route. Maria se demande d\u2019ailleurs si bien des gens ne se lancent pas dans l\u2019aventure \u00e0 un \u00e2ge trop avanc\u00e9. Des p\u00e8lerins, conscients de cette r\u00e9alit\u00e9, lui ont fait savoir que c\u2019\u00e9tait pour eux leur derni\u00e8re chance. Et que si ce devait \u00eatre leur dernier voyage, ma foi, ils consid\u00e9raient plut\u00f4t comme une gr\u00e2ce de mourir sur les Chemins de Compostelle !<\/p>\n<p>Notre corps, lui expliquait Maria, est notre v\u00e9hicule, notre maison, notre\u00a0 instrument aussi. \u00ab Eh bien, Maria nous massait en vue d\u2019accorder notre instrument \u00bb, r\u00e9sume Chantal. Le p\u00e8lerin ne fait pas juste subir son corps, il ne se contente pas de composer avec lui de plus ou moins bonne gr\u00e2ce. Il s\u2019en saisit consciemment en vue de vivre \u00e0 fond le Camino. Marcher dans la dur\u00e9e, avec douceur, r\u00e9v\u00e8le au p\u00e8lerin cette relation privil\u00e9gi\u00e9e, intime, \u00e0 son propre corps, en en faisant ressortir aussi les fragilit\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Sagesse du chemin<\/strong><\/p>\n<p>Mais la vraie le\u00e7on de la rencontre avec Maria est ailleurs, selon Chantal. Elle se trouve dans la sagesse que cette femme a distill\u00e9e au contact des centaines et des centaines de p\u00e8lerins qu\u2019elle a aid\u00e9s \u00e0 poursuivre leur route. Maria reconnait quatre pr\u00e9alables \u00e0 un p\u00e8lerinage r\u00e9ussi : avoir du temps, de l\u2019argent, la volont\u00e9 d\u2019avancer au jour le jour; aussi et surtout, avoir \u00e0 coeur d\u2019activer sa responsabilit\u00e9 morale \u00e0 marcher pour ceux qui ne le peuvent pas.<\/p>\n<p>\u00ab Maria a instill\u00e9 en moi la conscience de marcher pour plus grand que soi. Pour moi, ce fut comme un coup de baguette magique ! \u00bb, poursuit Chantal Lamothe. \u00ab J\u2019ai per\u00e7u dans cette r\u00e9alit\u00e9 du d\u00e9passement de soi un \u00e9l\u00e9ment de gu\u00e9rison. \u00c0 partir de l\u00e0, je d\u00e9diais mes peines et ma souffrance \u00e0 tous ceux et celles qui ne peuvent se mobiliser. \u00c7a m\u2019aidait aussi \u00e0 avancer moi-m\u00eame ! \u00bb<\/p>\n<div id=\"attachment_5894\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Nos-ombres-fid\u00e8les-compagnes.jpg\"><img decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-5894\" class=\"wp-image-5894 size-medium\" src=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Nos-ombres-fid\u00e8les-compagnes-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Nos-ombres-fid\u00e8les-compagnes-300x225.jpg 300w, https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Nos-ombres-fid\u00e8les-compagnes-768x576.jpg 768w, https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Nos-ombres-fid\u00e8les-compagnes-1024x768.jpg 1024w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-5894\" class=\"wp-caption-text\">L\u2019un des rituels du p\u00e8lerin consiste \u00e0 photographier son ombre.<\/p><\/div>\n<p>Un rituel du Camino intriguait par ailleurs les p\u00e8lerines, rituel auquel elles ont elles-m\u00eames sacrifi\u00e9 : photographier son ombre. Beaucoup de jacquets (p\u00e8lerins de Compostelle) photographient leur ombre sur le chemin. \u00ab Elle est notre compagne, le miroir de ce que l\u2019on est, le rappel constant d\u2019une pr\u00e9sence avec soi-m\u00eame. Nous avons ainsi le sentiment d\u2019\u00eatre plus complet en marchant \u00bb, note Suzie Couture.<\/p>\n<p>Chantal Lamothe pr\u00e9cise par ailleurs que la marche r\u00e9v\u00e8le aussi autre chose. Elle r\u00e9f\u00e8re \u00e0 Rudolf Steiner, selon qui il est bon de marcher avec les parents pour discuter d\u2019un conflit, d\u2019un probl\u00e8me \u00e0 l\u2019\u00e9cole, d\u2019\u00eatre en mouvement pour accoucher d\u2019une d\u00e9cision concernant l\u2019enfant. C\u2019est que la marche, pr\u00e9cise-t-elle, s\u2019allie \u00e0 la pens\u00e9e pour la rendre plus fluide, relie la t\u00eate et les pieds, active le syst\u00e8me rythmique. Les pens\u00e9es reprennent leur juste place, on y voit plus clair.<\/p>\n<p>Se lancer dans une qu\u00eate comme Compostelle, c\u2019est aussi vivre avec ses propres questions (les mots <em>qu\u00eate<\/em> et <em>question <\/em>ont la m\u00eame \u00e9tymologie). \u00ab Qu\u2019une marche ext\u00e9rieure rejoigne ainsi un cheminement int\u00e9rieur, \u00e7a tient de l\u2019arch\u00e9type \u00bb, explique Chantal Lamothe. \u00ab Se lancer sur le chemin pour cheminer en soi, \u00e7a semble un peu na\u00eff. Mais pour avancer dans la vie, ne faut-il pas regarder en avant ?\u00a0\u00bb Quand on marche dans la dur\u00e9e, rench\u00e9rit Suzie Couture, on fait circuler tout notre \u00eatre, pens\u00e9e, sentiment, volont\u00e9. \u00ab La maladie n\u2019est-elle pas due \u00e0 des blocages, \u00e0 un manque de circulation physique et mentale ? \u00bb<\/p>\n<p><strong>Arriv\u00e9e<\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_5893\" style=\"width: 235px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Mission-accomplie-2.jpg\"><img decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-5893\" class=\"wp-image-5893 size-medium\" src=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Mission-accomplie-2-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Mission-accomplie-2-225x300.jpg 225w, https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Mission-accomplie-2.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-5893\" class=\"wp-caption-text\">L\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Compostelle.<\/p><\/div>\n<p>Apr\u00e8s des semaines \u00e0 affronter les \u00e9l\u00e9ments, le ciel mena\u00e7ant, le brouillard, le soleil, la pluie et le vent, c\u2019est l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Compostelle.<\/p>\n<p>Mission accomplie ! Quelle fiert\u00e9 ! Quelle d\u00e9ception aussi de ne pouvoir prier dans la cath\u00e9drale, ferm\u00e9e pour r\u00e9novations !<\/p>\n<p>Sentiment \u00e9trange aussi d\u2019\u00eatre arriv\u00e9es \u00e0 bon port, apr\u00e8s tant de jours pass\u00e9s en plein air. \u00ab Je regardais les p\u00e8lerins sur la grand place de cet endroit mythique. Certains se retrouvaient en se saluant chaleureusement. D\u2019autres, bless\u00e9s, avec un genou band\u00e9, semblaient plut\u00f4t d\u00e9boussol\u00e9s. Je me suis mise \u00e0 remercier le ciel d\u2019avoir r\u00e9ussi. Oui, on l\u2019a fait ! \u00bb, s\u2019exclame Suzie Couture.<\/p>\n<div id=\"attachment_5890\" style=\"width: 235px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Fisterra-Borne-000.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-5890\" class=\"wp-image-5890 size-medium\" src=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Fisterra-Borne-000-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Fisterra-Borne-000-225x300.jpg 225w, https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Fisterra-Borne-000-768x1026.jpg 768w, https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Fisterra-Borne-000-766x1024.jpg 766w, https:\/\/anthroposophy.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Fisterra-Borne-000.jpg 982w\" sizes=\"(max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-5890\" class=\"wp-caption-text\">Suzie Couture devant la borne du kilom\u00e8tre z\u00e9ro, \u00e0 Fisterra, au bord de l\u2019Atlantique.<\/p><\/div>\n<p>Elle continuera seule jusqu\u2019\u00e0 Fisterra, \u00e0 la borne 0.0., trois jours de marche suppl\u00e9mentaires vers les rivages de l\u2019Atlantique. \u00ab J\u2019\u00e9tais submerg\u00e9e par l\u2019\u00e9motion. C\u2019est le bout du chemin, mais pas la fin. L\u00e0, j\u2019ai ressenti que ce n\u2019est pas la destination qui compte, mais la d\u00e9marche. C\u2019est la premi\u00e8re fois, je crois, que j\u2019accomplissais un projet d\u2019aussi grande envergure pour moi-m\u00eame, bien que j\u2019aie aussi march\u00e9 en pens\u00e9e pour d\u2019autres. \u00bb Suzie n\u2019en \u00e9prouvait pas moins, dit-elle, \u00ab le blues de ne plus \u00eatre dans la troupe des marcheurs. \u00bb<\/p>\n<p><strong>L\u2019apr\u00e8s-Camino<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab Ce qui est en train de changer au retour de Compostelle, c\u2019est mon rythme de vie. Je suis plus pos\u00e9e \u00e0 pr\u00e9sent. Le Camino ne finit jamais, il continue de m\u2019habiter. Nous avons enclench\u00e9 un processus qui se poursuit \u00bb, confie Chantal Lamothe. Puis apr\u00e8s quelques semaines, un certain vide s\u2019est install\u00e9. \u00ab Petit \u00e0 petit heureusement, je r\u00e9colte les prises de conscience. J\u2019appr\u00e9cie la chance que j\u2019ai eue de faire ce voyage, la\u00a0force int\u00e9rieure que j\u2019y ai gagn\u00e9e. Le bonheur, dit-on, n\u2019est pas au bout du chemin, il est le chemin ! Maintenant, je ralentis pour assimiler tous les aspects de cette exp\u00e9rience. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Prendre le temps, c\u2019est s\u2019appartenir. Voil\u00e0 ma le\u00e7on du Camino \u00bb, pr\u00e9cise Suzie Couture. \u00ab Je reviens aussi avec le d\u00e9sir irr\u00e9sistible de faire le m\u00e9nage dans ma vie, dans mes priorit\u00e9s. Le grand cadeau du chemin, c\u2019est d\u2019accepter l\u00e0 o\u00f9 je suis, l\u00e0 o\u00f9 j\u2019en suis. Avoir march\u00e9 par tous les temps, dans le vent, la temp\u00eate et la pluie, m\u2019a fait d\u00e9couvrir et travailler d\u2019autres aspects de moi-m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<p>Suzie dit rentrer chez elle \u00ab avec le sentiment d\u2019\u00eatre une conjointe et une m\u00e8re plus d\u00e9tendue que jamais. \u00bb En m\u00eame temps, dit-elle, sur le chemin surgissait cette question : \u00ab Au-del\u00e0 de tous ces r\u00f4les, qui suis-je vraiment ? Comment j\u2019organise ma vie maintenant ? \u00bb Et puis, poursuit-elle, j\u2019ai l\u2019impression non d\u2019avoir atteint une destination, mais d\u2019avoir appris une autre fa\u00e7on d\u2019\u00eatre, une autre fa\u00e7on de vivre mon chemin de vie. Le mouvement stimule la circulation dans tous les corps (physique, \u00e9th\u00e9rique, astral) permettant de se visiter soi-m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<p>Manon S\u00e9vigny, qui a souffert d\u2019une tendinite de fatigue, a retrouv\u00e9 au Qu\u00e9bec sa routine sportive. \u00ab Marcher stabilise l\u2019\u00eatre int\u00e9rieur \u00bb, soutient-elle. Et d\u00e8s qu\u2019elle reprend son sac \u00e0 dos, des souvenirs de Compostelle remontent.<\/p>\n<p>Le chemin lui a permis de prendre conscience davantage de son corps. \u00ab Au seuil de mes 60 ans, c\u2019\u00e9tait l\u2019un de mes objectifs. \u00bb Elle ne se doutait pas cependant que \u00e7a passerait aussi par la douleur. \u00ab J\u2019ai eu tr\u00e8s mal aux pieds, mais je me sentais bien, car il y avait mouvement, vie et communion avec l\u2019environnement. J\u2019ai d\u00fb constater mes limites et les accepter. Frustr\u00e9e, oui, d\u00e9courag\u00e9e, non. J\u2019ai toujours rencontr\u00e9 les personnes qui m\u2019ont aid\u00e9e. C\u2019\u00e9tait mes anges du chemin. \u00bb Que lui reste-t-il, au final ? \u00ab Une plus grande confiance en moi et surtout, un recul plus facile face \u00e0 tout \u00e9v\u00e8nement que la vie m\u2019apporte. Une plus grande \u00e9quanimit\u00e9, en somme. \u00bb<\/p>\n<p>Et puis, c\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois qu\u2019elle quittait son mari pour une si longue p\u00e9riode. \u00ab S\u2019ennuyer l\u2019un de l\u2019autre, \u00e7a fait du bien ! On red\u00e9couvre l\u2019autre sous un autre jour et l\u2019autre nous refl\u00e8te aussi une image diff\u00e9rente de nous-m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<p><strong>Le Christ<\/strong><\/p>\n<p>Chantal Lamothe r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 Compostelle sous l\u2019angle d\u2019un approfondissement du christianisme. \u00ab J\u2019ai joint mes pas \u00e0 ceux \u00a0de milliers de personnes qui avaient des qu\u00eates \u00a0diff\u00e9rentes. Beaucoup de p\u00e8lerins marchaient jadis pour toucher de pr\u00e8s l\u2019ap\u00f4tre Jacques qui a v\u00e9cu avec le Christ. Aujourd\u2019hui, c\u2019est en suivant sa propre qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9 que l\u2019on\u00a0exp\u00e9rimente le Christ en soi. \u00bb<\/p>\n<p>Elle entend continuer \u00e0 cultiver au quotidien l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00eatre qui l\u2019habitait en chemin. \u00ab Id\u00e9alement aussi, refaire un autre bout du Camino pour affiner encore plus cette conscience. Lorsqu\u2019on est\u00a0loin de chez soi avec un sac \u00e0 dos comme maison, on arrive davantage \u00e0 aller \u00e0 l\u2019essentiel. \u00bb<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 une blessure au tendon, malgr\u00e9 son coeur qui pompait dans les mont\u00e9es et les\u00a0moments difficiles, dit-elle, \u00ab j\u2019ai toujours re\u00e7u cela comme une \u00e9preuve qui me rendait plus solide int\u00e9rieurement. \u00bb Chantal note un d\u00e9tail qu\u2019elle qualifie de \u00ab r\u00e9v\u00e9lation du chemin \u00bb pour elle. \u00c0 la toute fin\u00a0du voyage, le p\u00e8lerin traverse des for\u00eats d\u2019eucalyptus. \u00ab Or, la noix de cette plante est impr\u00e9gn\u00e9e soit d\u2019une croix, soit d\u2019une \u00e9toile. J\u2019ai trouv\u00e9 \u00e7a int\u00e9ressant\u00a0comme symbole. \u00bb<\/p>\n<p>Le Camino, c\u2019est un chemin de connaissance, un apprentissage du d\u00e9but \u00e0 la fin, r\u00e9sume Manon S\u00e9vigny. \u00ab De retour chez moi, j\u2019ai constat\u00e9 que mon jardin avait continu\u00e9 \u00e0 pousser sans moi, d\u2019autres s\u2019en \u00e9taient occup\u00e9s. Un peu de l\u00e2cher prise, \u00e7a fait du bien ! \u00bb<\/p>\n<p><strong>Vie morale<\/strong><\/p>\n<p>Voil\u00e0 donc l\u2019histoire des trois amies sur le chemin \u00e9toil\u00e9. Toutes affaires cessantes, elles se sont mises en route. D\u2019abord, un effort au d\u00e9part pour s\u2019\u00e9branler, s\u2019arracher au connu, briser le cercle des habitudes, sans savoir ni si elles y arriveraient, ni ce qui leur arriverait. Puis l\u2019exp\u00e9rience en mouvement, dans la nature, avec aussi les d\u00e9couvertes culturelles. Enfin, la transformation int\u00e9rieure qu\u2019elle a suscit\u00e9e.<\/p>\n<p>Pour ma part, je suis rassur\u00e9 de voir qu\u2019\u00e0 une \u00e9poque \u00e9clat\u00e9e, vou\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9cipitation, des p\u00e8lerins prennent le temps de vivre \u00e0 rythme humain. Ils portent une image de soi en devenir, cherchant \u00e0 se d\u00e9passer, selon l\u2019antique devise des p\u00e8lerins de Compostelle <em>Ultre\u00efa, au-del\u00e0 !<\/em> Ils puisent dans cette part de l\u2019\u00e2me m\u00e9di\u00e9vale qui nous rejoint encore le meilleur pour aujourd\u2019hui. Il y a ce qu\u2019on a \u00e9crit dans nos cahiers de route et surtout, ce qui monte en soi quand on pense au Chemin. Et puis, ce sentiment diffus de s\u2019\u00eatre senti pour un temps unifi\u00e9. La beaut\u00e9 du chemin, c\u2019est qu\u2019il n\u2019est jamais achev\u00e9 et continue de vivre en notre \u00e2me.<\/p>\n<p>Le Camino contribue \u00e0 enrichir la vie de milliers de personnes. Pour ma part, j\u2019ai rencontr\u00e9 par Compostelle la femme qui a partag\u00e9 ma vie pendant 22 ans. Il cr\u00e9e aussi du lien social. Le Camino par exemple a permis de revitaliser certaines r\u00e9gions rurales d\u2019Espagne, de faire revivre des villages en voie de disparition.<strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Pr\u00e8s de 25 ans apr\u00e8s avoir chemin\u00e9 sur le Camino, et en effectuant des recherches pour \u00e9crire cet article, je lis une phrase de Kant, cit\u00e9 par Rudolf Steiner. La voici\u00a0: \u00ab Deux choses apportent au sentiment un \u00e9tonnement et un respect toujours renouvel\u00e9\u00a0: le ciel \u00e9toil\u00e9 au-dessus de moi et la vie morale en moi. \u00bb*<\/p>\n<p>Cela peut sembler \u00e9trange, explique Rudolf Steiner, mais \u00ab il n\u2019y a rien d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 cela, puisque nous sommes la copie ext\u00e9rieure du firmament. \u00bb Tout comme le Camino de Santiago est vu comme une r\u00e9plique terrestre de la Voie Lact\u00e9e.<\/p>\n<p>*Rapports avec les morts, Rudolf Steiner, Conf\u00e9rence du 17 f\u00e9vrier 1913, Stuttgart.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Michel Dongois<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Maria est massoth\u00e9rapeute. Sa vocation, c\u2019est de masser les p\u00e8lerins, et les p\u00e8lerins uniquement, \u00e0 l\u2019auberge Jacques de Molay, dans le petit village de Terradillos de Los Templarios. 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