Entrevue avec Francine LaTerreur avec Jean Balekian 

Entrevue avec Francine LaTerreur avec Jean Balekian 

Comment as-tu rencontré l’anthroposophie?

J’étais dans une position privilégiée d’avoir une mère, Huguette Chaurette, qui s’était intéressée à l’anthroposophie par la pédagogie. Elle avait rencontré Madeleine Simons qui voulait ouvrir un jardin d’enfants Waldorf. C’est là qu’Huguette découvre les écrits de Rudolf Steiner, et devient la première anthroposophe francophone au Québec. Huguette voyageait de la ville de Québec à Montréal (260 km) pour assister aux réunions des membres de la société anthroposophique. Huguette faisait venir des conférenciers d’Europe comme René Quérido, Francis Edmunds, le Dr Mees. J’ai fait la connaissance de ces gens qui m’ont beaucoup touchée par leur érudition, ils avaient une certaine force intérieure, une recherche et un désir de comprendre les choses, de les éclairer d’une façon différente. Au passage de mon nœud lunaire, à 18 ans, j’ai vécu un moment déterminant: je vivais une expérience de seuil, un sentiment profond que je ne trouvais pas de sens à ma vie et je sentais que je devais changer mon parcours. Huguette m’a offert des livres sur la mythologie celtique et Perceval. En lisant Perceval, je me sentais revenir chez moi; je voulais m’engager dans la vie pratique et contribuer à un changement. J’ai arrêté mes études et en profitai pour faire un voyage avec des amis. Nous avons visité Emerson College et sa ferme biodynamique, le Goethéanum et un Camphill. Ces centres, les gens qui y travaillaient et les étudiants, m’ont convaincue qu’une autre vision du monde était possible dans l’application concrète du travail anthroposophique. J’étais sur la bonne voie. En 1970, avec Jacques, mon futur époux et le père de nos 4 enfants, nous sommes allés travailler chez un biodynamiste allemand, le Dr. Grussendorf. Installé à une centaine de kilomètres de Winnipeg, il avait créé, sur une terre inculte, une ferme presque autosuffisante, avec un potager magnifique, des serres, la culture du blé et l’élevage des animaux. Forts de notre expérience sur la vie et la biodynamie, un an et demi plus tard, en revenant au Québec, c’était clair il fallait changer; la biodynamie, c’était extraordinaire. En 1973, nous allons à Emerson College. Après l’année de fondation, Jacques choisit la biodynamie, moi, j’ai suivi des cours de dynamique spatiale, peinture, dessin de plantes et modelage. De retour à Montréal, nous achetons une terre pour pratiquer la biodynamie. En 1986, je m’engage à l’École Rudolf Steiner de Montréal d’abord comme professeur de jardinage et dessin de plantes, ensuite comme professeur de classe et pour finir en administration jusqu’à ma retraite en 2021.

Pourquoi es-tu devenue membre de la société Anthroposophique?

Pour moi être membre, c’est l’étape de l’engagement et de la reconnaissance. C’est l’institution qui prend sa place dans la sphère terrestre. Je croyais profondément à cette nouvelle communauté, c’était une nécessité d’en faire partie à travers le statut de membre. Dix ans plus tard, je devenais membre de la classe. J’acceptais par ce geste de représenter l’anthroposophie dans le monde et ceci impliquait mon engagement à poursuivre mon cheminement spirituel personnel. Je ne pouvais pas juste recevoir, il fallait aussi que je puisse redonner.   Mon engagement a évolué surtout dans le milieu de la pédagogie Waldorf, dans mes études, mes recherches et mon travail méditatif. Je n’ai pas de mots pour dire tout ce que j’ai reçu, l’anthroposophie est devenue ce qui nourrissait ma vie.  Elle est vivante en moi grâce à toutes les conférences et ateliers auxquels j’ai eu l’opportunité de participer et aux efforts que j’ai faits pour incarner cette vision dans ma propre vie.