Se connaître : notre communauté de membres CAROL LEWIS, London, ON, se raconte 

Se connaître : notre communauté de membres CAROL LEWIS, London, ON, se raconte 

J’ai grandi au New Jersey et en Pennsylvanie dans une famille baptiste. Mon père était en effet pasteur baptiste, et je me souviens d’un moment où, adolescent, assis avec lui dans la voiture devant la maison, je lui ai demandé pourquoi il croyait en la Bible, car bien des choses qu’on y trouvait n’avaient pas de sens. Je m’attendais à ce qu’il me fournisse un genre de réponse « spirituelle », mais il m’a répondu plutôt que depuis des siècles, les gens se fiaient à la Bible pour guider leurs vies pratiques, et que cela lui suffisait. Sa réponse ne m’a pas satisfait, et elle est venue confirmer ce que je ressentais depuis longtemps – que je n’étais pas né dans la bonne famille !

J’ai bientôt commencé mes études universitaires dans un petit collège au Michigan appelé Kalamazoo. La plupart des étudiants du collège se connaissaient déjà, et au cours de ma première année d’études, j’avais l’habitude de leur demander qui ils étaient en vérité. 

Une des réponses que j’ai reçues a fini par me diriger vers un exemplaire de Comment acquérir des connaissances sur les mondes supérieurs. J’ai trouvé la lecture de ce volume assez ardue. Et en même temps, j’ai ressenti un certain respect envers l’auteur justement parce que cela présentait de la difficulté. J’ai donc commencé à assister à des congrès de jeunes à Spring Valley, et ai été envoûté par l’expérience – des gens assis en cercle sur des chaises sculptées de manière un peu étrange, portant des foulards, échangeant des idées sur comment Wagner avait eu des notions du monde spirituel, puisqu’on pouvait le deviner d’après la progression harmonique utilisée dans son opéra Parsifal ! 

 

À partir de Kalamazoo, j’ai commencé à voyager jusqu’à Ann Arbor tous les mois en autocar pour assister aux groupes d’études animés par Ernst Katz, qui me témoignait, lui et sa femme Katie, la plus grande générosité. Ils venaient me chercher au terminus d’autobus, m’hébergeaient et me donnaient à manger. Lorsque j’ai annoncé que j’allais faire mes études supérieures de troisième cycle à l’université d’Indiana, un membre du groupe d’études a fait remarquer qu’il n’y avait pas un seul anthroposophe dans tout l’état de l’Indiana ! Je suis allé passer une semaine au Goethéanum pour assister aux représentations du Faust et pour faire la connaissance de beaucoup d’anthroposophes. Je me souviens très bien d’un repas en compagnie de Helmut Krause et d’Alan Howard, qui était à Dornach avec sa famille. Durant le repas, ces gens parlaient de la possibilité de s’installer au Canada pour fonder une école Waldorf à Toronto. À l’époque, je croyais que cette histoire n’avait rien à voir avec moi. 

 

Neuf ans plus tard, je faisais partie de la diaspora américaine installée au Canada. J’étais marié, père d’un enfant et en attente de la naissance d’un deuxième. Vivant à London, en Ontario, j’œuvrais activement au sein d’un groupe qui travaillait à fonder une école Waldorf. Parmi les activités de préparation, nous avons formé un groupe d’étude, animé initialement par le Dr Kenneth McAlister, qui faisait à l’époque son cours de médecine à London. C’est là que les membres du groupe et les nouveaux professeurs ont entendu parler pour la première fois de l’importance de devenir membre de la Société anthroposophique, ce que plusieurs des membres du cercle ont fait, dont moi-même. Par la suite, j’ai commencé à assister à des Congrès et assemblées générales; quelques-unes de ces rencontres étaient inspirantes, d’autres moins. De fil en aiguille, je suis devenu membre de l’École de Science de l’esprit, ce qui voulait dire à l’époque qu’il fallait que je fasse le voyage aller-retour à Toronto une fois par mois. Cela voulait dire également que je pouvais assister à d’autres congrès, dont certains événements inoubliables animés par Ernst Katz.

Aujourd’hui, je ne cesse de travailler à comprendre de mieux en mieux ce que veut dire être membre de la Société, cette communauté à laquelle, lors du Congrès de Noël de 1923, Rudolf Steiner a uni sa propre destinée, malgré l’angoisse qu’il ressentait suite à l’incendie du Goethéanum et devant les schismes qui s’étaient formés au sein même de la Société. Il est impossible de ne pas se sentir touché, en lisant la biographie de Rudolf Steiner, par le sacrifice qu’il a fait et par son ultime effort dévoué visant à créer les conditions nécessaires pour préparer l’avènement d’un « nouveau commencement. »

En même temps, j’éprouve de la tristesse en constatant les différentes ruptures douloureuses et génératrices de discorde qui se sont manifestées récemment parmi les anthroposophes. Mais d’autre part, je suis rassuré en observant chez beaucoup une approche mesurée et raisonnable, témoignant de compassion face à la complexité des crises actuelles. Je trouve particulièrement inspirant le travail des « anthroposophes hollandais » – Zeylmans Van Emmichoven, Bernhard Lievegoed, Coen Van Houten – qui ont offert une multiplicité d’impulsions pratiques en vue de « faire le bien ». « On peut connaître la vérité; mais le bien, il faut le faire. » Puissions-nous travailler ensemble en tant que Société pour atteindre de tels buts.