ENTREVUE AVEC AGNES SCHNEEBERG, TRADUCTRICE – De La Science de l’occulte à La Science spirituelle – une nouvelle traduction du livre monumental de Rudolf Steiner  

ENTREVUE AVEC AGNES SCHNEEBERG, TRADUCTRICE – De La Science de l’occulte à La Science spirituelle – une nouvelle traduction du livre monumental de Rudolf Steiner  

Entretien avec la traductrice Agnes Schneeberg 

Dans la magnifique cour de sa maison de London, Ontario, Agnès Schneeberg me tend un livre, relié à la main, la couverture faite de lin et de cuir teintés d’un bleu foncé, les pages couleur d’ivoire douces au toucher. Ce volume fait partie de la Chadwick Library Edition des œuvres écrites de Rudolf Steiner. L’équipe de rédaction de cette magnifique édition comprend : Christopher Bamford, Michael Arlen Davis, Thomas O’Keefe, ainsi que Julia et Peter Selg. On a confié à Agnes la tâche de produire une nouvelle traduction de La Science de l’occulte. Elle a mis presque quatre ans à réaliser ce travail, auquel elle a consacré d’innombrables heures de recherche. Son effort a donné une traduction qui se lit facilement, publiée en trois volumes, et qui porte, en plus, un nouveau titre !  

Q : Agnes, racontez-moi un peu votre vie et votre trajectoire personnelle.

A : Je suis née en Hollande. J’ai fréquenté une école Waldorf et ai découvert assez tôt ma passion pour les langues. Lorsque je suis arrivée au Canada à l’âge de 23 ans, j’ai suivi des cours d’allemand et de grec ancien à York University, sans pourtant songer à faire carrière dans ce domaine. J’ai gagné ma vie comme accordeur et technicienne de pianos. J’ai aussi fabriqué des meubles et des jouets de bois. 

Q : Comment se fait-il que vous ayez commencé à travailler comme traductrice ?

A : Au milieu des années quatre-vingt-dix, j’ai participé à quelques retraites anthroposophiques à Ann Arbor organisées par Ernst Katz. Il a mentionné le fait qu’il avait écrit un livre qui n’avait pas encore été publié. Il avait rédigé son manuscrit en néerlandais. Le livre avait comme thème l’évolution de la moralité en rapport avec les dix commandements. Suivant sa mort en 2009, j’ai pris sur moi la tâche de traduire et de faire publier cet ouvrage. Je n’avais aucune formation officielle en traduction, donc, pour être à la hauteur de la tâche, j’ai entrepris une étude approfondie de la grammaire et la ponctuation de l’anglais américain. Le livre, qui a pour titre The Ten Commandments in Evolution, est paru en 2016 chez Steiner Books. 

Q : Comment se fait-il qu’on vous ait demandé d’entreprendre une nouvelle traduction de La Science de l’occulte ? 

A : Cela a été un résultat direct de mon travail sur le volume dont je viens de vous parler. Lorsque le rédacteur en chef de la Chadwick Library Edition a fait savoir qu’il était à la recherche d’individus pour réaliser de nouvelles traductions de quelques-uns des ouvrages principaux de Rudolf Steiner, mon nom a surgi. 

Q : En quoi, d’après vous, votre traduction se distingue-t-elle des autres ?

A : Au cours des années, on a connu différentes approches. Les traductions plus anciennes utilisent le terme « man » (homme) et « he » (il/lui) là où Rudolf Steiner désigne l’être humain. La façon d’aborder cette question a changé au cours des années 90. Dans un effort d’être neutre sur le plan du genre, on a commencé à remplacer les références à l’individu par des références à la collectivité en utilisant des formes du pluriel du verbe et, par exemple, les pronoms « they » (ils/elles) ou « we » (nous)  pour remplacer « he ».  J’ai tenté d’établir un équilibre entre les deux façons d’aborder la question en utilisant « he » ou « she » pour des cas spécifiques, mais aussi le pronom « he » pour les références plus générales ou lorsqu’il s’agissait de l’être humain (« human being »). J’ai eu recours au pluriel lorsqu’il semblait important d’indiquer la notion d’inclusion. Mon intention fondamentale était d’être fidèle à la pensée de Rudolf Steiner tout en rendant le texte accessible au lecteur de langue anglaise du temps présent. Et tout traducteur doit composer avec le fait que l’acception de certains mots s’est modifiée au cours des années. 

Q : Quels ont été vos plus grands défis ?

A : Il y en avait beaucoup ! À part le défi évident de trouver les justes équivalents anglais pour des expressions allemandes qui sont à peu près intraduisibles, il y avait, pour donner un exemple parmi d’autres, la question du titre de l’ouvrage. Je ne savais pas trop comment composer avec ce qui semble être une divergence, même en allemand, entre le titre et le contenu du livre. En effet, ce contenu, comme l’explique Rudolf Steiner dans sa toute dernière préface, « résume en somme la totalité de l’anthroposophie ». Et pourtant une traduction littérale du titre serait « Science secrète » – une expression utilisée antérieurement par Rudolf Steiner dans certains ouvrages et conférences, et (que l’on a traduit comme « Science occulte » ou « Science ésotérique » dans d’anciennes traductions.) Plusieurs membres du comité de rédaction de l’édition Chadwick ont jugé que le moment était propice pour proposer le titre « Science spirituelle », et le volume contient des notes expliquant les raisons de ce choix. Nous étions tous d’accord pour dire que ce nouveau titre reflète plus adéquatement le contenu du volume, et j’ai l’espoir que le lecteur trouvera que ce changement est en effet quelque chose de positif. 

Q : De quel aspect de ce travail de traduction avez-vous tiré la plus grande satisfaction ?

A : J’ai été heureuse que l’on m’ait donné l’occasion de traduire La Science de l’occulte, car cela représentait en effet une continuation du travail de ma traduction du livre d’Ernst Katz, qui explore la correspondance entre les Dix Commandements et les grandes époques de l’évolution décrites dans le quatrième chapitre de La Science de l’occulte. 

Q : Qu’est-ce que cette activité des quatre dernières années vous a apporté ?

A : Le travail de traduction est un apprentissage qui continue année après année. On lutte avec chaque phrase, et cette lutte est à la fois exigeante et gratifiante. On s’efforce de rendre justice aux nuances du texte de la meilleure manière possible. Après avoir exercé plusieurs métiers au cours de ma vie, le fait que l’on m’a accordé l’occasion de pouvoir traduire ce volume – mon livre préféré parmi tous les écrits de Rudolf Steiner – a dépassé toutes mes attentes. 

Q : Avez-vous d’autres projets de traduction en vue ?

A : J’ai en effet reçu plusieurs demandes de traduction, mais après avoir passé presque onze ans à traduire sans arrêt, j’ai besoin de prendre du temps pour moi avant d’entreprendre de nouveaux projets. 

Intervieweuse : Corinna Sons 

Pour plus de renseignements sur les volumes dont il est question dans cet article :

https://steinerbooks.presswarehouse.com/browse/book/9781734546163/An-Outline-of-Spiritual-Science

https://steinerbooks.presswarehouse.com/browse/book/9781621481669/The-Ten-Commandments-in-Evolution 

Pour acheter les volumes, contacter Gabriele à Tri-Fold Books :  info@trifoldbooks.com ou appeler le  905-726-0142