Éloge: Jane Elisabeth Faint Kieran – *13 mai 1951 – Ɨ 15 janvier 2021

Éloge: Jane Elisabeth Faint Kieran – *13 mai 1951 – Ɨ 15 janvier 2021

Chers membres de la famille de Jane, chers amis de Jane,

 

Une vraie Torontoise, Jane est née ici le 13 mai 1951. Son père était un ouvrier d’usine qui travaillait dur, et c’est sa mère qui s’occupait d’elle et de ses quatre sœurs. La famille était très importante pour Jane pendant son enfance et pendant toute sa vie. Comme la plupart d’entre nous, ses plus grandes joies et ses plus grandes souffrances avaient trait aux questions familiales. Ce fait peut nous rappeler à nous tous une vérité universelle – qu’il y a des raisons profondes pour lesquelles nous choisissons notre famille et que notre famille nous choisit.

 

À l’âge de 30 ans, Jane a épousé Michael Kieran. Et bien qu’elle décrive son mariage avec Michael comme étant la plus grande souffrance de sa vie, ses deux fils, Chris et Andrew, sont nés peu de temps après le mariage. Elle adorait ses fils et se dévouait affectueusement à les élever. Elle leur offrait de merveilleux cadeaux d’anniversaire et de Noël. Elle amenait Chris en voyage : Londres, Chicago, Montréal. Ils allaient au zoo ensemble. Elle leur fournissait du soutien dans les moments difficiles. Elle arrivait toujours à réconforter les garçons en plaçant les choses dans une perspective plus grande. Ses fils ressentaient qu’elle possédait une étrange paix intérieure, une paix qui lui procurait sécurité et confort par rapport à sa situation dans la vie. Mais la plus grande qualité qu’elle a pu communiquer à ses fils était peut-être son engouement incessant pour l’apprentissage et la connaissance. Elle était constamment en train de suivre un nouveau cours ou de s’engager dans un nouveau projet, pour guérir la terre ou pour guérir les corps.

 

Nous te sommes reconnaissants, chère Jane, de nous avoir constamment rappelé que nos cœurs sont destinés à vivre dans un processus éternel d’apprentissage.

 

Il y a quelques semaines à peine, j’ai eu le privilège de tenir une conversation intime avec Jane. Et quand je lui ai demandé ce qui avait été le plus grand cadeau de sa vie, elle a répondu immédiatement que c’était l’amour et la sollicitude extraordinaires que ses fils lui témoignaient pendant les derniers mois. Les larmes aux yeux, elle a exprimé combien elle se sentait aimée par eux, par ses amis et ses proches. La chose la plus importante, c’était l’amour. Et en effet, il arrive souvent que les cadeaux les plus réels viennent avec l’approche de l’Esprit de la mort, l’Esprit qui ouvre nos cœurs pour recevoir ce qu’il y a de plus important : l’amour véritable manifesté par ceux qui nous sont les plus chers.

 

Mais elle a aussi parlé d’autres cadeaux. Elle se sentait fortement soutenue par l’Esprit de la guérison. Ses fils, et tous ceux qui avaient eu l’occasion de faire l’expérience de ses capacités de guérison reconnaissaient cette vérité. Ce don passait par ses mains et à travers son cœur. Chris a avoué avoir été étonné par le nombre d’amis qu’elle s’était faits grâce à ses dons de guérison. Et même si on pourrait décrire ces dons comme étant simplement quelque chose de mystérieux, ses fils remarquaient qu’elle attirait toujours vers elle les cas les plus difficiles. C’est comme si elle devait côtoyer la douleur la plus aiguë. Elle avait besoin de la porter elle-même, de porter cette souffrance dans son cœur pour faire éveiller son don de guérison. Jane se guérissait elle-même en se liant intimement à la douleur de l’autre.

 

Et c’est comme ça qu’elle a porté son propre nom. Car notre nom est souvent lié à la signature de notre vie. « Jane » signifie « don de Dieu » et Elisabeth veut dire « être au service de Dieu ». Elle a vécu son don de guérison. Et elle s’est engagée à assumer la souffrance de ceux que le destin attirait vers elle.

 

Et dans cette perspective, il n’est pas étonnant que l’image qu’elle chérissait particulièrement était celle de la Vierge Marie, la Mère. Il n’est pas sans signification que lorsqu’elle a reçu l’onction pour la dernière fois, elle a voulu fixer son regard sur les yeux de Marie.

 

Le don de guérison de Jane, son travail dans ce monde, faisait penser à la Mère de la célèbre Pietà de Michel-Ange. Dans cette sculpture, Marie tient tout simplement le corps mort de Jésus, avant que Celui-ci ne soit ressuscité. Le grand don de Jane, c’était de tenir, de porter, d’être présente face à la souffrance. Et ainsi, elle ouvrait son cœur aux puissances porteuses de vie nouvelle. Et c’est de cette manière qu’elle avait porté ses patients, son mari, ses fils.

 

Et elle a nommé un autre cadeau encore: son chemin spirituel. Elle était reconnaissante envers l’anthroposophie, qui a élargi ses perspectives sur tout : la guérison, les étoiles, la réalité spirituelle derrière la nature et l’univers. Elle a exprimé combien elle était reconnaissante d’avoir connu la géomancie, qui lui avait accordé comme une bénédiction la possibilité de guérir la terre, et d’avoir appris  la méthode crâniosacrale biodynamique du traitement du  corps, à laquelle elle s’était formée au début du siècle. Cette pratique allait lui procurer ses expériences les plus profondes en lui confirmant que la guérison est véritablement une grâce qui passe à travers des êtres humains pourvu qu’ils soient ouverts, entièrement présents, et que ce soit le bon moment.

 

Chers amis, que la vie de Jane nous inspire. Que son engagement envers autrui nous inspire à nous porter, à l’instar de la Vierge Marie, les uns les autres dans nos moments de souffrance. Que nous soyons inspirés par son engagement envers les mystères de la création et par sa capacité d’aimer et d’être aimée de ceux qu’elle tenait le plus à cœur.

 

Oui, ainsi soit-il.

 

Révérend Jonah C. Evans,

Prêtre de la Communauté des Chrétiens, Toronto.