Impressions de l’Assemblée générale à Dornach : 16 avril 2011

Impressions de l’Assemblée générale à Dornach : 16 avril 2011

– Agnes and Herb Schneeberg, London ON

Quand nous avons appris en février que, lors de l’Assemblée générale annuelle de la Société anthroposophique à Dornach, on allait présenter une motion visant à expulser le Comité au Goetheanum en bloc, nous étions en état de choc.  Comme le résultat de ce vote risquait de compromettre l’avenir de toute la Société anthroposophique, nous avons décidé après un long examen de conscience, et sans savoir à quoi nous attendre, de nous rendre à Dornach pour participer à cette réunion importante.  Notre seule certitude : bien des choses dépendraient du nombre de membres qui s’y présenteraient.  

Nous arrivons une journée à l’avance pour nous orienter et pour apprendre tout ce que nous pouvons au sujet des problèmes et des procédures.  Il devient apparent que même les gens les mieux placés n’ont aucune idée de combien de personnes se présenteront ni de comment elles voteront.  Cette incertitude intensifie la tension et l’appréhension que nous ressentions déjà.  Le jour même, à 8h, nous montons la colline à pied jusqu’au Goetheanum (l’assemblée commencera à 9h) pour faire la queue devant l’entrée.  

Il devient vite évident que beaucoup de membres ont fait le voyage jusqu’à Dornach, venant de près et de loin.  Dans la Grande Salle toutes les places sont rapidement prises, et la foule qui déborde est accueillie dans la Salle de la Pierre de Fondation où on avait installé un grand écran vidéo (en tout, approximativement 1300 participants).

Après un bref morceau de musique (piano), Paul Mackay prend la parole pour ouvrir l’assemblée et pour expliquer les règles de procédure : une simple majorité emportera le vote et on ne fera un compte exact des mains levées que dans le cas d’un vote serré.  Celui ou celle qui veut parler peut remettre un carton à l’animateur ou simplement faire la queue.  On accordera quelques minutes à chaque intervenant, et une clochette sonnera pour indiquer que son temps est écoulé.  Il y aura de l’interprétation simultanée en anglais, en français et en italien.

Sur la scène : un pupitre à l’intention des intervenants;  à droite, une table où sont assis les 6 membres du Comité Exécutif (CE);  à gauche, une table où sont installées les deux personnes qui sont responsables du lien téléphonique avec la Salle de la Pierre de Fondation, du décompte des votes, et du contrôle des règles de procédure.

D’abord, trois membres du CE nous adressent la parole.  Sergei Prokofieff affirme qu’au cours des dix dernières années, le CE est devenu une véritable équipe qui plus que jamais représente la Société mondiale.  Ses membres travaillent bien ensemble.  « Nous avons commis des erreurs, mais nous voulons favoriser le bien-être de la Société et ferons un effort pour être plus ouverts à ce qui vient à nous…. Et nous chercherons à trouver des moyens pour faire face aux récriminations que nous reconnaissons comme justifiées. »  Bodo von Plato mentionne que le CE a l’obligation de remplir la tâche que lui a confiée Rudolf Steiner : nourrir la vie de l’âme chez l’individu et dans la Société anthroposophique grâce à la connaissance du monde de l’esprit.  Paul Mackay décrit les décisions difficiles qui ont dû être prises au cours de l’année 2010.  Il a fallu couper 2.8 millions de francs suisses du budget; on a dû congédier 22 collaborateurs et le CE ne sait pas encore si ces mesures seront suffisantes.  « Nous devons travailler ensemble avec les collaborateurs, les Secrétaires généraux et les représentants des différents pays; nous ne pouvons pas faire ce travail tout seuls. »

Nous en arrivons alors aux motions elles-mêmes.  Au début de chaque motion, des participants font la queue pour prendre la parole (souvent plus de gens qu’on ne soit en mesure d’entendre) pour donner leurs interprétations personnelles.   Le déroulement semble en tout relativement calme et respectueux, mais l’ambiance qui sous-tend l’assemblée est imbue de tensions et d’émotivité.  Les intervenants expriment une gamme impressionnante et complexe de points de vue divergents.  
Suite à une entente préalables entre le CE et le cercle des Secrétaires généraux, il est proposé que l’assemblée commence avec la motion #2 (la plus cruciale, celle traitant d’un vote de non-confiance à l’égard du CE), car il faut de toute évidence qu’elle soit réglée en premier lieu.  La motion #1 suivra (le mandat de 7 années pour les membres du CE).  La proposition est adoptée par la majorité, moyennant un vote à main levée.  On se penche donc sur la motion #2.  Une douzaine de participants au moins veulent se faire entendre.  Nous faisons un effort pour écouter aussi objectivement que possible les diverses préoccupations exprimées.  Lors de la rencontre du CE avec les Secrétaires généraux dans la semaine précédant l’AGA, on a décidé de ne pas s’objecter à ce que cette motion soit soumise à un vote secret, et cette procédure est alors acceptée par l’assemblée (vote à main levée).  Par conséquent, tous sont priés de cocher l’une des 3 options imprimées sur le bulletin de scrutin : 1) Confiance en le CE; 2) Abstention; 3) Non-confiance en le CE. Les bulletins de vote sont comptés durant l’heure du repas.

Au grand soulagement de la plupart des gens présents, il y a 876 voix en faveur du CE (votes de confiance), 257 contre, et 156 abstentions (en plus de 11 bulletins annulés).  Virginia Sease remercie l’assemblée : « Le CE travaillera très fort pour regagner la confiance de ceux qui ont voté contre nous. »

Nous tournons alors notre attention vers la motion #1 concernant le mandat de 7 ans et la confirmation de 3 membres du CE.  La motion est adoptée.  Virginia Sease mentionne combien les membres du CE travaillent bien ensemble malgré de profondes différences d’opinion; elle appuie personnellement les 3 collègues qui doivent être reconfirmés.  Tous remplissent les bulletins de scrutin portant les 3 noms avec des cases « oui » et « non » pour chacun des 3.  Les résultats : Sergei Prokofieff – oui 1015, non 210; Bodo von Plato – oui 815, non 384; Paul Mackay – oui 837, non 356.

Parmi les motions qui restent, la motion #4, celle qui demande la tenue d’une assemblée générale extraordinaire pour discuter de l’avenir de Weleda, suscite des interventions passionnées d’au moins une douzaine de médecins, de collaborateurs Weleda, et d’autres.  Au nombre des préoccupations figurent : la survie financière de Weleda, la disponibilité future des remèdes Weleda, la forte promotion des produits cosmétiques Weleda au détriment des médicaments, etc.  Nous entendons des avis divergents sur toutes ces questions.  La motion demandant une assemblée générale extraordinaire est adoptée par une majorité importante. (Note : la Société anthroposophique reste un des actionnaires importants de la compagnie Weleda).

Les autres motions à l’ordre du jour ou sont retirées ou ne reçoivent pas suffisamment d’appui pour être adoptées.

Finalement, puisque le tout a pris presque douze heures, nous entendons une version écourtée du rapport financier et l’on remercie chaleureusement Cornelius Pietzner, qui se retire du poste de trésorier pour se consacrer à son projet de levée de fonds pour le Goetheanum.  
Un sentiment de soulagement commence graduellement à nous habiter, mais ce n’est que le lendemain (dimanche des rameaux) que nous devenons conscients des forces de renouveau et d’espoir qui se manifestent autour de nous.  Nous nous rendons compte pour la première fois que nous avons passé toute la journée du samedi dans la Grande Salle du Goetheanum sans réellement apprécier sa beauté, et que nous n’avons pas non plus laissé pénétrer en nous la beauté de la nature bourgeonnante du paysage.  Mais, hier il s’est passé quelque chose d’important et nous sentons que, jusqu’à un certain point, un poids nous a été enlevé du cœur.  Nous sommes rassurés par le fait que le CE et les Secrétaires généraux chercheront activement des moyens pour permettre à tous les membres de participer aux décisions les plus importantes, évitant ainsi que nous ayons à vivre une situation analogue à l’avenir.  Nous avons également le sentiment que le CE se penchera avec le plus grand sérieux sur tous les problèmes soulevés durant l’AGA.  Et nous nous rendons compte que tous les individus, partout dans le monde, qui ont accompagné ces évènements avec leurs bonnes pensées ont aidé, eux aussi, à ce que ce processus connaisse une issue positive.

Suivant une conférence remarquable de Sergei Prokofieff dimanche matin, nous assistons au groupe de discussion en anglais animé par Virginia Sease et Cornelius Pietzner; nous étions presque 70 membres des différents pays de langue anglaise.  De retour dans la Grande Salle, on nous présente plusieurs nouveaux responsables de Section; nous sommes impressionnés par leur sincérité, leur honnêteté et leur vif désir de trouver de nouvelles façons d’aborder le travail dans leurs champs de compétence respectifs.  Et finalement, on remercie chaleureusement notre propre Philip Thatcher pour ses années de service comme Secrétaire général.  Philip nous fait rire avec des descriptions de ses expériences aux douanes en traversant plusieurs frontières, nous racontant les différentes réactions qu’il suscite en tentant d’expliquer « l’anthroposophie » aux agents.  

Le dernier évènement, une magnifique représentation d’eurythmie, produit sur nous un effet profondément spirituel et nous rappelle la véritable raison pour laquelle nous sommes tous ici.  Cette prestation artistique mérite des applaudissements enthousiastes et soutenus, et ainsi s’achève le congrès.  

Plus tard dans l’après-midi, toujours dans la Grande Salle, nous avons l’occasion d’entendre une présentation du Messie de Händel donnée par un ensemble baroque sur instruments d’époque, avec d’excellents solistes et une des plus belles chorales que nous ayons jamais eu l’occasion d’entendre. 

C’est une digne conclusion d’un voyage fertile en évènements.

Agnes et Herb Schneeberg, London, Ontario