Le Nord : en chemin vers le congrès

Le Nord : en chemin vers le congrès

Chers amis,
Je vous offre l’article qui suit comme ma lettre pour ce numéro de « Glimpses ». Cet article paraîtra dans le numéro estival du bulletin des membres aux E-U-A; quelques extraits paraîtront aussi au mois de juin dans « Anthroposophy Worldwide ».

Au mois d’août prochain, des individus de nombreux pays se réuniront à Whitehorse, au Yukon, pour participer pendant 8 jours au congrès « Encircling Light – Expectant Silence/Lumière boréale – Silence en attente ». Pendant que je continue à préparer la semaine en question, il me semble pertinent de rassembler ici les intentions, les questions, les idées et les nuances exprimées par quelques-uns des participants du congrès.
Lorsque Edna Cox, de Port Alberni en Colombie Britannique, s’est rendue à Whitehorse en août 2006 afin d’entreprendre les préparatifs pour le congrès, elle se demandait comment son imagination du Nord allait cadrer avec la réalité qu’elle y trouverait. La même question fondamentale, sous une forme ou une autre, peut vivre aussi chez d’autres participants, en particulier chez les Canadiens, pour qui « le Nord » est une puissante imagination. Ce « Nord » fait partie de leur sens de qui ils sont mais peut sembler très distant de là où ils vivent en réalité. Alexandra Günther, habitante de l’Ontario qui animera un des ateliers du congrès, s’exprime en ces mots : « Au cœur même de mon désir de faire partie d’un tel événement, désir qui m’habite depuis bien des années, se trouve une interrogation : Quelle est cette attraction que le Nord exerce sur nous qui ne sommes pas ses créatures? Et quelle est l’image du Nord qui habite le cœur et l’esprit des Canadiens (et de bien d’autres) qui n’y ont jamais mis les pieds? »
Les Canadiens ont des images très variées, puissantes, contradictoires de leur « Nord », un état de fait qui a servi à nourrir d’innombrables livres, articles et œuvres d’art. Et pourtant, certaines images semblent universelles. Robbie Black, participant qui habite à West Vancouver, décrit une randonnée en automobile vers le nord à partir d’Edmonton, en Alberta. La ville s’éloigne, ensuite les fermes, et ensuite la dernière grappe de maisons, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que la forêt : « Quand la voiture s’immobilise enfin, le silence tombe… une impression délicate se fait jour – il y a quelque chose qui se cache là, se dérobant à la vue superficielle. »
D’autres participants sont attirés par les silences. Certains en ont une idée intuitive, d’autres les ont réellement connus dans cette région du globe. Marjorie Nordås, canadienne qui enseigne actuellement à l’école Norstrand au sud d’Oslo, raconte le voyage dans le Nord qu’elle a fait jadis avec un groupe d’une base militaire de Toronto : « Nous avons donné une représentation dans une base militaire nommée ‘Alert’ située à la frontière entre le Canada et la Russie. J’avais vingt ans, mais c’était ma première expérience intense de la lumière, et ce qui nous a le plus profondément touchés, c’était le silence. »
Jef Saunders, qui à émigré à Toronto de la Grande Bretagne, se sent lui aussi attiré par « la longueur de ces journées si remplies de lumière » et par « le silence, profond et pourtant ‘attentif’ ». Il se demande aussi quelles intentions spirituelles peuvent se cacher derrière ce paysage, attendant qu’on les appelle à sortir au grand jour. Ou serait-ce en nous-mêmes que se cachent ces intentions, attendant d’être dévoilées au contact du paysage septentrional? Dans les dernières années du 19e siècle, des chercheurs d’or venus du monde entier ont envahi le Yukon. D’après Anthony Perzel, animateur de l’un de nos ateliers, qui se penche sur la question de l’activité des êtres élémentaux dans la richesse des minéraux du Nord et sur la question des influences lucifériennes et ahrimaniennes dans notre exploitation de ces substances : « La recherche de métaux précieux et de diamants est analogue à la recherche de ce qui est ‘précieux’ en nous-mêmes. »
Pour au moins deux des participants, le congrès fournira un contexte pour comprendre l’importance leur propre région. Olga Kornienko, d’Ekaterinburg en Russie, écrit : « Ici au beau milieu de l’Oural nous vivons d’énormes écarts de température, variant de -40C à +40C, des hivers nordiques enneigés et des étés méridionaux torrides. La chaîne de montagnes, elle, ressemble à une épine dorsale; en effet, dans l’histoire de la Russie elle a toujours joué un rôle de colonne vertébrale. Les gens d’ici sont forts et courageux, particulièrement les femmes. À la fois barrière et portail, l’Oural a réuni différents peuples et différentes religions. Dans le même sens, le fait de rencontrer des personnes de différentes régions de notre planète nous aide à nous rencontrer nous-mêmes et à mieux comprendre notre terre natale; l’autre côté de la terre reflète notre propre pays. »
Et d’Anchorage, en Alaska, Mary Lee Plumb-Mentjes, en collaboration avec sa collègue de Fairbanks, Lisa Del Alba, cherche à comprendre la signification spirituelle de l’Alaska pour le monde. Elle le fait en observant le paysage, l’angle du soleil, les caricatures de ses habitants parues dans la presse, et la célébration de ses 50 années comme état des U.S.A. « En quoi sommes-nous à la fois pareils et différents des autres pays nordiques? Ne pas le savoir est passionnant. C’est la première fois que je fais une recherche anthroposophique prolongée et spécifique. Je me sens un peu intimidée. »
Pour Jorun Carlsen de Tønsberg, en Norvège, le congrès de Whitehorse pourrait être l’occasion de faire avancer les recherches qui, tous depuis 1949, font l’objet des congrès anthroposophiques nordiques d’été, tenus en Scandinavie, en Finlande, et, plus tard, en Islande : « Je sens que maintenant cette impulsion s’étend pour atteindre le continent américain, le Canada, et peut-être même la prochaine fois l’Est nordique – la Russie. Rien ne doit rester statique; tout doit changer avec les temps. Je sens qu’il est très important qu’en tant qu’anthroposophes nous nous reliions au monde spirituel et que nous collaborions avec lui de façon consciente dans différents lieux sur la terre. »
Dans le même ordre d’idées, Marie Kolmos de Copenhague, au Danemark, s’interroge : « Je suis curieuse de savoir à quoi peut ressembler un congrès sur le Nord : Les pensées et les thèmes anthroposophiques y sont-ils différents de ceux du Sud de l’Europe? Comment se déroulerait un congrès sur le Nord qui ne soit pas situé dans un contexte scandinave? ».
Une différence fondamentale saute immédiatement aux yeux : dans un pays du nord de l’Europe, un congrès tenu à une latitude de 60 degrés nord bénéficie de la présence d’une Société anthroposophique, d’initiatives anthroposophiques, et d’une centaine d’années d’activité anthroposophique dans la région. La presque totalité de la Finlande est située au nord du 60e parallèle, ainsi que la plupart du territoire de la Norvège et une importante partie de la Suède. En Islande, on compte à peine quelques membres de la Société, une école Waldorf et une ferme biodynamique, mais tous se trouvent au nord du 60e parallèle. De même en Alaska, où l’on trouve une école Waldorf à Anchorage et, à Fairbanks, quatre membres de l’École de Science de l’Esprit qui se réunissent toutes les semaines pour travailler avec les leçons de la Classe. Au Canada, il existe une seule initiative anthroposophique à une latitude de 60 degrés : le jardin d’enfants Waldorf que tient Chalia Tuzlak à Whitehorse, où elle vit depuis 20 ans. Ayant été obligée, pendant toutes ces années, de faire des milliers de kilomètres pour assister à des congrès pédagogiques, Chalia est étonnée et enthousiaste – un congrès sera tenu chez elle cet été! « On a dit de moi que je suis la gardienne de la flamme dans ce coin du globe, mais comme je n’ai personne avec qui échanger sur des questions anthroposophiques, je n’ai pas eu beaucoup l’occasion de me développer sur cette voie. Par conséquent, ce congrès représente pour moi l’occasion d’acquérir une nouvelle compréhension de ce qui supporte ma vie de tous les jours, et en même temps de découvrir une nouvelle perspective sur le Nord. »
Jim Steil, de Calgary, en Alberta, donne son idée par rapport à cette perspective : « On a tendance à parler de ce congrès sur le Nord comme si le Nord était ‘là-haut’, plus précisément dans la région de l’arctique. Or, il a neigé à Calgary hier, et on n’a pas encore vu une seule feuille. Ce n’est peut-être pas la toundra ici mais je ressens très fortement que dans toutes les régions du Canada nous sommes effectivement dans le Nord. »
La lumière de deux autres thèmes se laisse entrevoir, émanant des pensées des participants. D’une part, une volonté de rencontrer et d’interagir avec les peuples des Premières Nations, pour qui le Nord est leur patrie – une intention et une responsabilité ressenties intensément par Seija Zimmermann et Paul Mackay lorsque, en août dernier, ils sont venus à Whitehorse se réunir avec le Conseil de la Société au Canada. Pour Jonitha et Paul Hasse de Hillsdale, dans l’état de New York, une rencontre avec des amis des Premières Nations s’inscrit dans le contexte d’une problématique de fond – les cultures européennes n’ont pas su « entendre, reconnaître, honorer ou partager les dons spirituels apportés par d’autres peuples. »
Le deuxième thème est celui d’une nouvelle manière de découvrir le Christ : Comment la lumière, le silence et l’étendue du paysage du Nord peuvent-t-ils renforcer et approfondir notre compréhension du Christ éthérique à l’époque actuelle? Dans les mots d’un participant qui vit près d’Edmonton :

Je n’ai jamais été dans le Nord
Cela en soi est une raison pour m’y rendre.
Le mystère plane sur l’endroit –
des vérités encore non découvertes
qui attendent d’être comprises.
De là vient le Christ,
Le Christ dans la terre,
Le Christ en nous.

L’été dernier, au nord du cercle arctique, je me suis retrouvé debout à minuit sur une falaise d’où je pouvais contempler le hameau inuit de Kugluktuk et l’Océan arctique à la hauteur de Coronation Gulf. Le soleil planait à quelques degrés au-dessus de l’horizon nord – comme s’il était sur le point de retourner à l’endroit où il a jadis quitté la terre. Mais voilà qu’au bout d’un moment le coucher de soleil s’est transformé en lever de soleil; le soleil s’est mis à remonter dans le ciel, comme pour me rappeler que le Christ-Soleil arrive dans le Nord par un autre chemin, par la voie d’une activité humaine pénétrée de chaleur.
Et, pour terminer, ces paroles de Paul Mackay : « Ce congrès de Whitehorse revêt un caractère spécial, non seulement par son thème ‘d’expectative’ mais aussi grâce à la manière dont il a été préparé. Chaque étape a été contemplée dans le silence et conçue avec soin; les contacts avec les individus impliqués ont été faits de la façon la plus humaine possible. Tout ceci crée une base admirable sur laquelle ce congrès peut se dérouler : Que la lumière boréale enveloppante illumine ce congrès! »

Philip Thatcher
Secrétaire général pour le Canada